Présentation

Calendrier

Mai 2012
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>

Rechercher

recherches sur le paysage

Vendredi 1 avril 2011 5 01 /04 /Avr /2011 20:10

 

 

Têtaux, tétauds, trognes, ragosses.- (réactualisé en mai 2012) On les appelle les arbres têtards ou têtaux ou trognards ou trognes ou arbres d’émonde ou arbres recépés. C’est une forme typique de l’évolution des arbres associés aux haies dans le Berry, mais aussi dans le Bourbonnais, dans le Morvan, dans le Limousin, dans les collines du Perche, dans la Bretagne intérieure (c’est la ragosse), dans le Val de Loire, dans la Flandre (la touse), etc. Les arbres têtards ne se limitent pas à ces régions, on les retrouvaient quasiment dans toute la France et dans une grande partie de l’Europe. Dans le Pays Basque français ce sont les chênes qui étaient ainsi émondés, on trouve des oliviers dans le Midi. Mais plus généralement ce sont les saules, les frênes, les charmes, l’ormeau,  l’osier qui sont les essences les plus communes pour cette pratique qui consiste à émonder tous les cinq ans environ (mais plus généralement tous les neuf ans) les branches de repousse pour laisser à nu le fût qui cicatrise et dont le recépage produit un moyeux rond, une sorte de tête ronde d’où son appellation de têteau ou trogne. Sur cette tête de nouvelles pousses vont apparaître dès le prochain printemps. Il s’agit d’une sorte de taillis aérien. Cette coupe avait au moins quatre fonctions : 1.- Se fournir en bois de chauffe et notamment en bois pour le four à pain. 2.- Se fournir en feuillage comme la feuille d’ormeau  qui était récoltée en guise de fourrage complémentaire  pour nourrir les animaux et particulièrement les volailles. 3.- Se procurer des tiges souples, type osier, pour lier ou tresser de la vannerie. 4.- Se procurer du bois d'oeuvre dur pour fabriquer des manches d’outils.  

DSCN1031

 La coupe était légèrement différente selon qu’il s’agissait d’une coupe sommitale ou d’une coupe d’émonde latérale. Au fur et à mesure des coupes, l’arbres en vieillissant devenait creux, ménageant en son coeur des espaces privilégiés pour les nids des oiseaux ou des petits mammifères. Ce micro-milieu naturel est généralement considéré comme un espace d’une riche biodiversité.  Il produisait par ailleurs, dans ce cœur un terreau particulier très recherché pour les semis.

On pourrait qualifier les trognes d’arbres paysans et de reliques d’une société agropastorale qui avait trouvé là le moyen d’une économie du bois dans un monde où une partie de la société paysanne n’y avait pas accès. La trogne est une astuce de contournement des codes et usages pour avoir accès à la récolte de bois dans une société rurale où la subordination sociale, avec le statut du métayage, était totale. Et en particulier le bois d'émonde qui était exclusivement réservé au métayer. C’est aussi le témoin d’une relation fidèle et de longue durée entre le paysan et l’arbre, l’un et l’autre ont un rendez-vous immuable au moins tous les cinq ans, mais plus généralement tous les neuf ans.

 

Dans le Berry, George Sand en a fait une description précise, ciselée, ethnologique. C’est ainsi qu’elle décrit le paysage de la Vallée noire de 1837 : « Grâce à des habitudes immémoriales, la vallée Noire tire son caractère particulier de la mutilation de ses arbres. Exceptés le noyer et quelques ormes séculaires autour des domaines ou des églises de hameau, tout est ébranché impitoyablement pour la nourriture des moutons pendant l’hiver. Le détail est donc sacrifié dans le paysage, mais l’ensemble y gagne, et la verdure touffue des têteaux renouvelée ainsi chaque année prend une intensité extraordinaire. Les amateurs de style en peinture se plaindrait de cette monstrueuse coutume ; et pourtant, lorsque, d’un sommet quelconque de notre vallée, ils en saisissent l’aspect général, ils en oublient que chaque arbre est un nain trapu ou un baliveau rugueux, pour s’étonner de cette fraîcheur répandue à profusion. »

 

DSCN1037

 

L’histoire paysanne montre que la trogne est souvent un substitut pour les interdits d’accès à la forêt pour les métayers ou petits  locaturiers des grands domaines. C’est que la trogne est un arbre de la haie, cette  clôture naturelle qu’on nomme la barade en Périgord, la bouchure en Berry. La haie est faite de multiples essences y compris des arbres fruitiers comme le cerisiers, le noyer, le merisier, le pommier de plein vent, sans oublier les mûres et les cormiers. Les baux de métayage prévoyaient précisément dans la charge du preneur une fonction de plantation et d’entretien de la haie, en échange de quoi il en tirait le revenu des feuilles, des fruits, du petit bois, du bois d'émonde. Le bois de tête étant lui soumis à l'usage commun qui régissait le partage entre preneur et bailleur.

 

Le comte Jaubert, grand collecteur d'usage ruraux dans le centre de la France au XIXè siècle, avait adopté la graphie suivante dans son glossaire: tétaud.

Un lecteur du Sancerrois dans le Berry m'indique que les têteaux "ne sont pas seulement associés aux haies, ils constituent dans les forêts, dans les bois, une forme de limite, de bornage certes moins précis que les bornes, mais aidant souvent à retrouver certaines des bornes."

 

 

* L'écrivain Gilles Lapouge dans son livre Le bois des amoureux publié chez Albin Michel en 2006 a ainsi évoqué ces arbres paysans: " Quelle horreur ces arbres mutilés ! C'est bien ainsi que la majorité de nos concitoyens considèrent aujourd'hui les trognes, émondes, arbres têtards et autres têteaux qu'ils voient dans nos paysages ruraux ou urbains. Réaction bien naturelle dans une société où l'arbre est d'abord devenu sujet d'ornement et de loisir, confié aux professionnels du paysage ou aux gestionnaires de la forêt. L'arbre paysans, qui pendant des siècles, a offert sa ramure pour la subsistance de millions de personnes est un mal-aimé. Ses formes tourmentées et noueuses dénotent face à la noblesse de l'arbre forestier au tronc élancé et lisse; ses bourrelets disgracieux dérangent,  sa beauté sauvage, silhouette animale ou humaine inquiète. A l'ère de la taille douce, il s'oppose aux canons arboricoles actuels. Et pourtant, les trognes figurent parmi les plus vieux arbres d'Europe, comme si leur taille régulière et sévère prolongeait leur existence au lieu de l'abréger. Formidable réserve de biodiversité, marqueurs des paysages ruraux et urbains, "centrales" à production renouvelable... Elles commencent à retrouver une place récemment confisquée par une économie dispendieuse, inssouciante de l'avenir (...)"

 

Photos prises sur un chemin du Pays Fort (Cher) dans les collines d'Humbligny

 

DSCN1033

 

 


 

 :

Par Bernard Stéphan - Publié dans : recherches sur le paysage
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 30 novembre 2010 2 30 /11 /Nov /2010 20:29

 

 

DSCN1161

 

DSCN1444

Lalinde, le pont était en travaux.- Les travaux qui fermaient le pont de Lalinde (Dordogne) pendant quatre mois ce printemps 2011 (du 4 avril au 217juin) et qui ont débuté en mars 2011 rive gauche, m’ont suggéré cette petite approche sur le rôle du pont, lien social et historique d’une rive à l’autre. Et sur une question : comment vivait-on avant le pont dans cette partie de la vallée de la Dordogne ?

DSCN0740 

 

Photo: perspective sur le pont et le clocher de Lalinde vus depuis le niveau de l'ancien bac du Port de Lalinde au droit de Paty.

 

Souvenirs d’avant.- Le doyen de mon  village (c’était sur le plateau entre Lalinde et Beaumont) avait deux souvenirs antérieurs au pont. Le premier c’était le franchissement de la Dordogne à pied, sur la glace, un grand hiver. Il ne devait pas se souvenir directement de la grande embâcle, c’était le 5 janvier 1865, mais évoquer un souvenir rapporté par ses parents; puisqu’il était né en 1877. On se souvenait aussi d’un autre jour de grand froid où la rivière était en partie gelée, mais en partie seulement, c’était le 7 janvier 1914.  Le second souvenir de mon grand témoin, c’était le passage de la rivière à l’étiage, au plus fort de l’été, légèrement en aval de Pontours, avec des charrettes et des attelages de bœufs. Était-ce sur l’emplacement de l’hypothétique ancien gué gallo-romain révélé par les travaux historiques du Docteur Chaume ? (Bulletin de la Société Historique et Archéologique du Périgord, T.35, 1908).

 

 

La construction du pont.- La date de construction du pont est à située précisément. Le conseil municipal de Lalinde prend acte en 1876. Le décret de construction est pris le 12 décembre 1878. Les travaux débutent le 1er mai 1879, il seront terminés le 1er novembre 1881. Le pont aurait donc été ouvert à la circulation fin 1881, mais son inauguration officielle, sous la municipalité Guerlou, n'eut lieu que le 26 mars 1882. Plusieurs cartes postales dont les clichés ont été pris à la fin du XIXè siècle montrent un pont de pierres blanches, témoignage de l’appareillage neuf.

 

DSCN0737

Photo: Chantier de la nouvelle église, le pont est déjà construit, à gauche du nouveau clocher subsiste encore la nef de l'ancienne église romane. Cette photo a été prise  entre 1900 et 1903.       


On voit en fond, l’ancienne église romane de Lalinde, Saint-Pierre-du-Pin,  qui sera démolie à partir de 1897,  le clocher sera abattu en 1899, en même temps que sera construite l’église actuelle, Saint-Pierre-es-Liens,  de style néo-gothique, consacrée en 1904. On voit donc bien que le pont est antérieur à 1897 même si la couleur des pierres trahit sa jeunesse.

 L’ouvrage d’art à ceci de remarquable qu’il s’agit d’un pont en pierres à huit arches de 213,80 m de long, le plus long en Dordogne. Il est étroit pour le trafic actuel, sa largeur est de 4,60m avec deux trottoirs de moins d’un mètre chacun de part et d’autre de la chaussée. Le projet de rénovation, c’est un élargissement de la chaussée à 6,50 m.   

DSCN0725

 

  Croquis de l'ancienen église, avant la construction du pont.                                                                                       

 

Paysage d’exception.- Le pont est construit dans un paysage exceptionnel qui marque le passant. Ici la rivière combine à la fois son caractère d’eau vive et son amplitude fluviale. On est sans doute dans un des grands et superbes paysages de la vallée. Dos au bourg de Lalinde, on a devant soit les coteaux, les tertres boisés, surplombés de la chapelle de Saint-Front attachée à la fameuse légende du Coulobre. Vers l’amont; les îles, les fameuses bélisses, barrent la rivière, selon les saisons on observe les foisonnants radeaux de renoncules en fleurs, les colonies de cygnes blancs, au loin les rapides de Pontours et notamment celui du Grand Thoret.

img-7965.jpg

 La vallée se ferme sur l’horizon des hautes collines de Badefols, les pechs et les cingles de Pontours. Vers l’ouest les tertres boisés tombent dans la rivière au niveau du saut de la Gratusse, et le pont de Couze barre la perspective. Si on regarde vers le nord, le versant sud des tertres est recouvert d’une végétation méridionale avec ses stations de chênes verts, houx boulets, genièvres et strates herbacées typiques des pelouses calcaires.

 

Photo: La rivière et le pont vus de l'aval, un jour de grande sécheresse, au niveau du chenal du saut de la Gratusse, été 2009. (Ph.B.S.)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Passer la rivière avant le pont.- Avant la construction du pont de Lalinde, le franchissement de la rivière, c’est une toute autre  histoire. Cinq bacs à passages sont attestés : Mauzac-Calès, Badefols-Drayaux, Paty-Port de Lalinde, Port de Couze-Couze, Tuilières-Saint-Agne.

 

DSCN1171 Photo: chaussée d'abordage, rive droite, du bac du port de Lalinde. (Ph. B.S.)


Le bac de Couze sera le premier à disparaître puisqu’un pont à octroi sera construit en 1840. L’octroi sera levé en 1893 au terme d'une polémique que m'a rapporté ainsi dans une note l'historien et élu local Lindois Christian Bourrier: "Les Lindois ayant décidé de la gratuité du passage, le nouveau pont va faire naître la polémique entre la municipalité de Couze-Saint-Front et celle de Lalinde. N'ayant pas réussi à obtenir gain de cause, les Couzois se résigneront et il en résultera l'abolition du péage. Deux guérites de l'ancien octroi existent encore aux abords du pont de Couze. Celui de Lalinde n'en a jamais eu."

DSCN1201 Photo: guérite rive gauche du pont de Couze, ancien octroi. La guérite en rive droite existe également. (Ph. B.S.)


Le bac de Badefols qui était un bac à chaîne, semble bien être le plus important par son trafic et par son équipement. En effet, antérieurement au pont de Lalinde, il est situé sur la route Bordeaux-Sarlat qui au-delà de Lalinde remontait rive droite jusqu’à Sauveboeuf, poursuivait jusqu’à Drayaux pour franchir ici la rivière. Il s’agissait d’un bac passe-cheval capable de transporter plusieurs  passagers, mais aussi deux charrettes chargées et leurs attelages de chevaux ou de bœufs. Subsistent encore à Badefols les cales d’accostage ou rampes. Le bac du port de Lalinde n’était qu’un pointu (petit gabareau) interdit aux animaux, qui sera supprimé en 1890.

Le bac de Badefols, payant, survivra à la mise en service du pont de Lalinde, il ne s’arrêtera définitivement qu’avec la fin de l’activité du dernier passeur, en 1921.

DSCN0742


 

 

 

 

Photo: Le dallage  naturel du lit de la rivière au droit de Pontours, au niveau de l'ancien gué gallo-romain. (Ph.B.S.)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La vie quotidienne avant le pont.- C’est sans doute celle de deux mondes, celui de la rive gauche et celui de la rive droite. La Dordogne est alors incontestablement une frontière que l’on ne franchit que par nécessité tant les eaux révèlent rarement le gué.  En outre les événements politiques conduisent les communes riveraines à ne pas regarder dans le même sens selon qu’on se situe rive droite ou rive gauche. En effet les municipalités des communes calquées sur les anciennes paroisses vont faire des choix de différenciations lorsque la constitution du 2 août 1795 (5 fructidor An III) crée dans chaque canton une municipalité composée de délégués des communes. C’est ainsi que les trois communes de la rive gauche ; Pontours, Bourniquel, Saint-Front, jusque là rattachées au canton de Lalinde font sécession et décident de se tourner vers Belvès… Qu’à cela ne tienne, les notables de la rive gauche ne perdront plus de temps pour attendre le bac ou pour espérer le gué passant pour franchir la rivière. C’est en suivant les chemins des plateaux et de la forêt de La Bessède qu’ils iront aux assemblées à Belvès.

L’histoire qui suivra entérinera pour partie ce choix des secessionnistes avec notamment les décrets impériaux de 1801 et 1802 qui confirment définitivement la division administrative des départements en cantons. La pérennité de cette organisation confortera en partie le canton de Lalinde sur la rive droite (mis à part Couze et le rattachement de l’ancienne paroisse de Saint-Front). Pontours étant rattaché au canton de Cadouin et Bourniquel à celui de Beaumont, deux cantons de la rive gauche.

   

Le mystère du halage .- L’observation du paysage pose des questions sur un élément qui a marqué l’histoire tant que la batellerie a franchi les rapides au droit de Lalinde;  celui du chemin de halage. On sait que la très grande majorité des gabarres, les argentats, descendant, ne remontait pas. Ils étaient vendus au prix du bois, démontés en basse vallée. Les équipages remontaient à pied, ou en utilisant les charrettes des rouliers, ou, après 1879, avec le train de la ligne de chemin de fer de la vallée. Il y a toutefois une petite partie des bateaux qui remonte. Jusqu’à Libourne la remonte utilise la marée et le vent, jusqu’à Castillon on remonte à la voile, de Castillon à Bergerac on utilise un halage léger appuyé par le vent arrière dans la voile. On aura des relais le long de la rivière, ils étaient de 5 à 8 km entre Castillon et Lalinde, de 2 à 4 km seulement en amont de Lalinde.  C’est un halage à bras d’hommes qui marque l’histoire de la vallée, et de 1740 à 1840 il y aura concurrence de la force entre groupes de haleurs et animaux de trait. En 1812 le halage à bras d’hommes est seulement réservé aux passages difficiles ou escarpés sinon il doit utiliser des attelages de bœufs. En 1837 le halage  humain est interdit, seul le halage avec des attelages d'animaux (en général des boeufs) est autorisé.

 

 

       DSCN0866

  Photo: Vue de la rive droite le long de l'ancien rempart de la ville.


L'historienne, universitaire, Anne-Marie Cocula-Vaillières, a estimé dans sa thèse de vingt à trente tireurs de corde le nombre moyen de haleurs nécessaires pour une embarcation dans la basse et moyenne vallée, sauf aux alentours de Lalinde où, pour le passage du saut de la Gratusse et des rapides du Grand Thoret « il fallait quatre-vingts et même cent tireurs pour hisser le bateau. D’ailleurs, le tracé trop accidenté du chemin de halage n’était souvent praticable qu’aux haleurs et non aux paires de bœufs ou vaches de tire, qui faute de chevaux, tiraient le bateau, tantôt dans l’eau, tantôt sur la berge. »

 

DSCN0744

Où était ce chemin de halage ? On sait qu’il courait en rive sur un passage légal ou sur le marchepied de la rivière. Il pouvait changer de rive très souvent selon les contraintes de la géographie et des escarpements. A l’aval de Lalinde, il courait rive droite, mais en abordant la bastide il disparaissait en raison de l’existence d’un mur d’enceinte et de hautes terrasses et la tire animale était alors impossible. Les équipages de bateaux prennent alors tout le long de la muraille de la ville la corde à la remonte. Les patrons de gabarres en ont assez, en 1811 il réclament la construction d’un quai de quatre mètres de large tout le long du rempart donnant sur la rivière, pour permettre la tire des attelages. Cette idée n’ira pas à son terme, le projet de canal qui verra le jour rendra caduc tout aménagement de la berge du  lit de la rivière à l'aplomb du rempart.

 

Parmi les métiers propres à la vie Lindoise essentiellement liés à la rivière avant le creusement du canal, on trouve tous les métiers de passe des rapides, les fameux patron de gratusse (par allusion au saut de la Gratusse, cette succession de rapides et le cheval étroit dans la rivière), maîtres de bâteaux et chargeurs. Ces patrons de gratusse avaient la connaisance de la rivière et avaient pour fonction de faire passer les bâteaux à la descente pour franchir la zone des rapides et hauts fonds.

 

Photo: le fameux resserrement du chenal au niveau du saut de la Gratusse tel qu'il apparaissait un été de fort étiage en 2009.


Frontière ou non ?.- Le petit peuple des paysans, manouvriers, commis, en fait-il de même ? En effet la Dordogne est-elle une frontière jusqu’à la construction du pont ou n’est-ce qu’une interprétation ? Ce pont participe-t-il à une nouvelle sociabilité ? Et dans ce cas quel était le lien social entre habitants des deux rives avant le pont ? On a au moins une certitude, la rivière constitue sinon une frontière linguistique en tous les cas elle annonce une ligne de partage dialectal.

La géographie linguistique du Périgord est dominé par un temps fort, la ligne de partage dialectale. Cette ligne délimite les deux grands ensembles dialectaux avec l'ensemble nord-occitan d'une part et l'ensemble sud-occitan d'autre part. Dans Dordogne-Périgord (Encyclopédie Bonneton) les auteurs Bernard Lesfargues et Jean Roux donnent l'explication suivante:  la ligne qui partage le territoire occitan en traversant d'est en ouest le Périgord s'appuie sur un critère linguistique précis: " la palatisation de ca et ga latins en cha et ja: vacha (vache), jauta (joue)... qui caractérise l'ensemble du nord-occitan (limousin, auvergnat, alpin), alors que les dialectes sud-occitans (languedocien, provençal, gascon) conservent ca et ga: vaca, gauta." Selon les deux auteurs, la ligne de partage linguistique traverse le Périgord selon une ligne probable allant de Villefranche-de-Lonchat à Villamblard, Montagnac, Vergt, Roufignac, Les Eyzies, Montignac, Nadaillac, Salignac-Eyvigues.

  

DSCN1450

Alors en effet sur le papier la Dordogne n'est pas une frontière linguistique. Celle-ci est située à une vingtaine de kilomètres plus au nord.  J’ai pour ma part toutefois noté les changements de prononciation et d’accent d’une rive à l’autre avec déjà en rive droite le chuintement. Ainsi  dit-on par exemple lo cambalo rive gauche, ce sera lo chambalo rive droite, pour désigner la pièce de bois utilisée pour porter les seaux d’eau.

Il y a bien avec la rivière Dordogne une forte annonce de la frontière dialectale avec des débuts de la palatisation. Certes on est dans une zone qui n'est pas franche, on est plutôt dans une sorte de croissant hésitant, les deux typologies dialectales s'entremêlent et déjà la Dordogne est à la croisée des deux familles. Il y a évidemment des mots "inconnus" d'une rive à l'autre. Ma grand-mère paternelle née à Tuilières (rive droite) désignait l'omelette du mot simple mouleto tandis que ma grand-mère maternelle née à Montferrand-du-Périgord utilisait le mot pascado. Toujours à Montferrand-du-Périgord (sud Dordogne) on garde le l final à caval (cheval), castel (château), capèl (chapeau), etc. alors que dans le village de mon grand-père paternel à Saint-Martin-des-Combes (quinze kilomètres au nord de la rive droite ) on est déjà avec chavau, chateù, chapèo, sur une forte tentation limousine avec occultation de la finale.

 

DSCN1187

Photo: le paysage du lit de la rivière au niveau des bélisses (îles boisées) juste à l'aval de Pontours et des rapides. (Ph.B.S.)


L’économie locale avant le pont.- L’avant-pont  objectera-t-on empêchait-il les échanges commerciaux vers les foires ? Notons que les domaines, bories et métairies de la rive gauche et des tertres et plateaux étaient tournés vers des foires de bourgs de lisières et de clairières. Les plus proches étaient  Molières,  Saint-Avit-Sénieur et  Beaumont-du-Périgord. Depuis le tertre de Bousserand ou celui de La Mothe, Molières est à une heure de marche, près de deux heures avec une vache ou un bœuf. Beaumont est à deux heures au pas d’un homme allongeant le pas, à trois heures avec une bête. Était-ce plus rapide d’aller jusqu’à Badefols pour attendre la bac, passer la rivière et revenir jusqu’à Lalinde par la rive droite ?

Les images anciennes, photos de la fin du XIXè et du début du XXè, prises dans toutes les directions à partir des perspectives depuis les places de Lalinde montrent un monde plein au sens où toutes les pentes (aujourd’hui boisées), son cultivées, les collines sont en terrasses, toutes quadrillées de murets en pierres sèches et portant des cultures. On pratique une agriculture vivrière de proximité qui n’incite pas au mouvement. A cet égard à quoi bon le pont ?

Depuis longtemps on cultive la vigne, en particulier sur les plateaux de Bousserand, de La Mothe, de Bourniquel, etc. Les métairies viticoles appartenant à quelques grands domaines, celui de la famille de Lapanouze dans la vallée, celui de Cardou sur les tertres, celui des La Panouze près de Bergerac,  on imagine mal une production pour une seule consommation domestique. On vend le vin en vrac à Lalinde et peut-être même en aval. Il faudra donc le charger, on transporte les barriques de type bordelaise (220 litres) au port de Paty ou, sur des charrettes, via le bac de Badefols, elles franchissent la rivière. C’est lent, long, mais on a le temps nécessaire pour aller au pas des bêtes et au rythme du bac. Et comme on vit en autarcie pour le reste, la fréquentation des foires et le passage saisonnier des colporteurs suffisent au besoin des familles.

Un document  intéressant apporte sa pierre à cette question du mouvement des hommes et des marchandises avant la construction du pont de Lalinde. Il s'agit d'une étude  qui date de  1912, c'est la Monographie des communes du canton de Cadouin rédigée à l'iniative de M. Mayssou, inspecteur primaire,  par les instituteurs de chaque école communale. Plus justement la monographie en contient onze, une pour chacune des communes du canton. Outre que ces textes dressent un inventaire didactique du paysage, de l'activité agricole et piscicole, ils apportent souvent des éclairages sur la vie quotidienne du début du XXè siècle. C'est en étudiant la vie à Calès, commune à l'amont de Badefols, dont le village chef-lieu est perché sur un cingle à l'aplomb de la Dordogne, dit Le Roc de Calès, qu'on va percevoir le rôle de frontière de cette rivière. L'auteur, à n'en pas douter c'est l'instituteur public de ces années-là,  qui est allé à la source des témoignages des anciens de 1920, a ainsi écrit: "Tous les produits de la terre, de la basse-cour s'écoulent aujourd'hui par Lalinde. Autrefois, par le vallon d'Auriac qui offrait un débouché facile, alors que Calès était complètement séparé de Trémolat et de Lalinde par la rivière, c'est vers Cadouin qu'affluait tout le commerce de la commune; c'est à Cadouin qu'on s'approvisionnait, qu'on allait aux nouvelles. Aujourd'hui Cadouin est presque complètement délaissé au profit de Lalinde." On voit bien dans ce court paragraphe que la rivière est une frontière économique et une barrière des communautés humaines tant que le pont ne sera pas construit. (La Monographie des communes du canton de Cadouin, a été rééditée par les Editions de l'Hydre, à Cahors, en 2007).


Liens familiaux d’un rive à l’autre.- Une étude intéressante serait celle des registres de mariages pour déterminer précisément si avant le pont on se marie d’une rive à l’autre ou si les liens familiaux de part et d’autre sont quasiment inexistants. La pratique des mariages en Pays Lindois jusqu’au milieu du XXè siècle est très endogame, c’est l’alliance dans l’environnement proche, souvent dans le même village et même dans la cousinade. Ce lien fait-il fi de la rivière ou au contraire est-il stoppé par la barrière physique ?

L’historienne Anne-Marie Cocula-Vaillières dans sa thèse Un fleuve et des hommes (Editions Taillandier, 1981)  a étudié la relation riveraine en aval, entre Castillon et Libourne, et notamment les mariages. « Les lieux de résidence des conjoints étrangers à la paroisse délimitent autour d’elle une zone d’influence dont le rayonnement médiocre prouve la modestie des déplacements », écrit-elle. Étudiant les registres paroissiaux de paroisses riveraines de la rive droite elle ajoute : « La faible représentation de la rive gauche montre que le fleuve peut, même dans les paroisses de rivière, être un obstacle aux relations entre les villages qu’il sépare. Jouerait-il à l’occasion des mariages le rôle d’une frontière naturelle, alors qu’il ne le joue pas par exemple à l’occasion de l’apprentissage ? (…) Ainsi le fleuve est-il encore ressenti comme un obstacle : on le franchit par obligation mais sa présence est une entrave aux rapprochement du voisinage. »

A Lalinde même, Christian Bourrier qui conduit des recherches historiques, adjoint au maire, a dépouillé dans les registres d'état civil les registres de mariages sur une période de sept ans au moment de la Révolution. Il a publié dans un bulletin municipal le résultat de son étude. Voici un extrait de ses conclusions qui montrrent bien que la rivière était une frontière même si une frontière n'est jamais hermétique: "Sur une période de 7 ans et 9 mois, du 13 janvier 1793 au 20 fructidor An X (7 septembre 1800) on recense d'après les registres 163 mariages. Le relevé de l'origine géographique des mariés démontre que dans la majorité des cas les mariages se sont faits entre personnes habitant le même hameau, ou la même commune et le canton de Lalinde. Il est une évidence, c'est qu'à cette époque où il n'existait pas de pont reliant les deux rives de la Dordognes, les unions entre les habitants de la rive gauche et ceux de la rive droite étaient relativement peu nombreux. Sur 163 mariages, on ne compte que 24 émigrants de la rive gauche, ce que l'on appelait alors outre Dordogne. Et ceux ou celles qui avaient franchi la rivière pour venir se marier à Lalinde ne faisaient pas un grand déplacement; ils étaient pratiquement tous originaires des communes ou des cantons voisins: Badefols, Bayac, Bourniquel, Cadouin, Calès, Cussac, Lamothe, St Avit, St Front, Montferrand, Monpazier, Molières, Pontours. On ne relève que deux personnes venant de départements voisins, l'un de la Haute-Vienne et l'autre d'Argentat (Corrèze)."

DSCN0731

Le chemin de La Mothe.- Autre élément intéressant, très lié au pont ou à son absence, la variante du chemin de La Mothe, ce hameau perché sur les tertres en rive gauche… On notera la configuration rive gauche  (outre Dordogne) de l’ancien chemin qui va du hameau de  La Mothe sur le plateau sud (commune de Pontours) jusqu’à la rivière ; il emprunte le lieu-dit La combe de Lalinde qui débouche au droit de Paty et donc, jusqu’au XIXè siècle, au droit du Port de Lalinde et du petit bac à passage. L’actuelle route du Pontet,  commune de Pontours, ne devait être qu’un chemin de charrettes et la route de Saint-Front au droit du pont n’était probablement qu’un sentier muletier remontant à l’aplomb de la cavaille de Saint-Front. Avec l’ouverture du pont et la croissance progressive du trafic sur la route de la vallée, le passage de la combe de Lalinde s’est quasiment éteint, ce n’est plus qu’un  chemin piéton forestier très peu usité aujourd’hui.

 

Je recherche des témoignages sur le quotidien du pont, les relations des habitants à l'édifice, les usages, les fêtes, animations, le rôle du pont pendant l'Occupation, etc.

 

 

 

Photo: Image nostalgique, quatre promeneurs sur le pont, un aéroplane passe, sur la falaise, dressée, la chapelle de Saint-Front. On notera que le tertre n'est quasiment pas boisé contrairement à la réalité du même paysage actuel. Nous sommes dans les premières années du XXè siècle, c'est encore le pays  très cultivé, les coteaux sont très peu boisés. On notera l'étroitesse de la chaussée du pont.


DSCN0869

DSCN1447

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Par Bernard Stéphan - Publié dans : recherches sur le paysage
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Samedi 20 novembre 2010 6 20 /11 /Nov /2010 19:37
Les écluses à poissons de l'île d'Oléron sont-elles en périls ? Figurez-vous que cette tradition d'ouvrages de pierres sur l'estran disparait avec les génération des pêcheurs-paysans. Savez-vous que Colbert lui-même, qui se mêla finalement de tout, écrivit en 1681 une ordonnance sur l'art et la manière de dresser une écluse à poissons... Une carte assez ancienne, celle de  Chastillon (début du XVIIè siècle), mentionne l'existence d'écluses à la pointe de l'île bien nommée Pointe du Bout du Monde où se dresse aujourd'hui le phare de Chassiron. Et si l'origine exacte est incertaine, un texte atteste de l'existence d'écluses dans la première moitié du XVè siècle. On y exploite alors des poissons rares, "dignes de la table du Roi" à l'instar des saumons, esturgeons et même dauphins (qualifiés alors de poissons).
DSCN0642-copie-1

L'installation montre à la fois l'héritage d'un très vieux savoir-faire qui se traduit par la puissance des murs non liés ainsi édifiés et leur fragilité tant les vagues de l'océan viennent en assaut contre cet édifice provisoire qu'il faut restaurer constamment.  Dans son traité de pêche de 1769, Duhamel du Monceau avait décrit ainsi l'usage et la forme des écluses qu'il appelait parcs:  "Pour se former une idée générale des parcs, il faut se représenter une grande enceinte dans laquelle le poisson entre à la marée montante et où celui qui n'a point suivi le premier flot de la marée baissante reste enfermée et en possession du pêcheur..." Une ordonance royale de 1681 en précise la forme et la technique. Et elle établit que les murs de ces écluses doivent être construits dans une zone telle qu'ils n'entravent pas le mouvement côtier des bâteaux.

 

DSCN0647

Il reste encore quatorze écluses sur l'île d'Oléron alors qu'il y en avait 175 en 1900 ! Leur rôle est non seulement une forme de maintien du lien social entre les îliens, mais elle participe à la protection côtière de l'île. Les écluses brisent la vague sur l'estran avant qu'elle ne vienne mordre la dune. C'est aussi le témoignage patrimonial d'une oeuvre domestique, quand dans des temps pas si lointains, les familles insulaires attendaient la récolte des prises de l'écluse pour manger. En période difficile notamment de mauvaises récoltes sur la terre (pommes de terre, vigne, élevage) la pêche à pied dans l'écluse était une issue de repli pour tirer le moyen ultime mais essentiel de la subsistance familiale. Et lorsqu'au cours des siècles les échanges ont pu être aléatoires, consécutifs aux nombreux conflits qui ont marqué la zone côtière des perthuis, les écluses ont été un substitut de crises. Lorsque les échanges commerciaux ont été réduits à néant ont peut penser que les pêcheries furent le repli de subsistance pour les populations.

Cet usage renvoie aussi à un droit côtier ancien, original. En effet,  les pêcheries n'appartiennent pas à des marins mais à des paysans qui se donnaient ainsi un complément de revenus avec la pêche. Puisqu'il s'agit d'une pêche à pied (les pieds sur terre même si on est sur l'estran). C'est sous la forme d'associations ou plus anciennement de communautés, que sont constitués les groupes d'exploitants des écluses à poissons. Chacun de ces enclos est exploité par des groupes constitués qui doivent assurer l'entretien du mur qui, en arc, assure l'enclave, ainsi que des passes ou boucheaux. Ils doivent réparer à leurs frais les effets de l'océan. L'usage de pêche est soumis à un tour de rôle qui permet ainsi à chacun des membres  de l'association d'exercer son droit de pêche par bonne ou mauvaise mer, selon la loi du hasard.

DSCN0651

Les parts de pêche se transmettent de génération en génération. L'exode, la fin des pratiques agraires, les mutations des familles, la disparition des familles insulaires, conduisent à l'abandon progressif des pêcheries et à leur destruction. Une chute avait déjà été observée à la fin du XIXè isècle avec le début des migrations et la baisse de la démographie insulaire. C'est ainsi que de 217 écluses dénombrées en 1870 on est passé à 156 en 1908. Et pourtant en cette première décennie du XXè siècle les pêcheries de l'estran sont considérées comme une roue de secours de subsistance. En effet, on a alors deux phénomènes qui affectent les paysans de l'île: la déprise des salines avec une chute du marché du sel et la crise du vignoble avec le phyloxéra qui détruit tout ou partie des vignes. "Sans les écluses et l'élevage des huîtres dans les parcs, les couches les plus humbles et les plus fragiles de la société oléronaise auraient sans doute souffert bien davantage" expliquent les auteurs du remarquable ouvrage Les écluses à poissons d'Oléron (Geste Editions).  Il y a même eu un arrêté des Affaires maritimes de 1967 qui ordonnait la destruction des parcs. Heureusement, les îliens résistent. Certains assurent la pérénité des écluses et leur usage. En 2008 on recensait dix-sept écluses en activité. Sans doute faudra-t-il beaucoup de persévérance pour que la richesse de ce patrimoine de pierre mais aussi témoin de la tradition du pêcheur-paysan dure encore longtemps.

  

* A lire Les écluses à poisson d'Oléron (Geste Editions) par Laurent Bordereaux, Bernard Debande, Nathalie Desse-Berset, Thierry Sauzeau. L'ouvrage édité en juin 2009 est coéécrit par des chercheurs et universitaires qui ont l'expertise du droit, de la science historique et de la connaissance de la géographie des milieux marins. Livre à la fois savant, didactique, scientifique qui dresse le tabeau complet du dossier. Non seulement les auteurs proposent une approche pluridisciplinaire de la question, mais ils enrichissent les articles d'une iconographie importante (photos, dont de nombreuses photos aériennes, reproductions de documents anciens, cartes, infographies), autant d'éléments qui donnent à l'ouvrage toute sa force et sa densité. Le tableau des pêcheries de l'estran ne s'arrête pas à l'île d'Oléron, mais il ouvre des perspectives sur d'autres régions côtières en France, mais aussi dans de nombreuses autres régions du monde.


DSCN0648
Les illustrations sont des photos d'une écluse située entre Saint-Denis et la Brée. La seconde vignette montre la perche, piquet ou longue branche fichée dans la digue pour signaler l'écluse aux bateaux. La perche porte un numéro qui précise la concession.
 

 

Par Bernard Stéphan - Publié dans : recherches sur le paysage
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 25 mai 2009 1 25 /05 /Mai /2009 20:09


Des prairies et des orchidées.- Juste une photo de ce printemps sur le plateau des fermes de Bousserand dans le sud du Périgord. Les prairies explosent de couleurs, les orchidées sont au rendez-vous, nombreuses, mauves, blanches, bleutées. Ce parcours se fait au petit matin, on prend un sentier au départ de Lalinde on franchit le pont, par la rive gauche on monte vers Saint-Front avant de suivre le GR jusqu'au hameau de Bousserand-Haut, ensuite on s'en va vers Fonblanque et vers le hameau de Coste-Périé après avoir traversé une partie de la forêt des Divises. Je vous l'ai déjà écrit sur ce blog, c'est  un des plus beaux paysages du Périgord !

Par Bernard Stéphan - Publié dans : recherches sur le paysage
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 23 septembre 2008 2 23 /09 /Sep /2008 12:23

L'expo du pays de Beaumont-du-Périgord. J’ai découvert pour les journées du patrimoine 2008, la petite et riche expo de l’office de tourisme du Pays Beaumontois, sur les moulins de la vallée de la Couze. L’expo était proposée au regard dans une salle du moulin de Surrier, au pied du château de Bannes. La vallée de la Couze, petit affluent de la Dordogne, marque la limite entre le Périgord Noir et le Périgord Pourpre. Elle est aussi une vallée de la préhistoire en modèle réduit avec ses falaises percées de grottes, cavernes et cluzeaux; pour mémoire c’est dans la vallée de la Couze que s’ouvrent les sites préhistoriques de La Cavaille, de combe Capelle, de Bourniquel, de Termo Pialat, de La Gravette, de Jean Blancs,  de la gare de Couze notamment. Le cours sauvage de la rivière aux abords peu peuplés, où l’on trouve encore un vaste et rare écosystème d'une prairie alluviale sur quasiment toute le longueur de la vallée, de la source à l’embouchure, offre quelques villages au riche patrimoine. Ainsi Montferrand-du-Périgord en amont, village en pente et sur le plateau du Planège sa chapelle aux fresques romanes.  Ainsi sur le plateau de la rive droite le bourg de Saint-Avit-Sénieur et son ancienne abbaye fortifiée, bien sûr la bastide de Beaumont-du-Périgord sur le plateau de la rive gauche.  Le petit village de Bayac avec son château discret sur la rive gauche et enfin Couze-St-Front à l’embouchure, village en partie accroché à la pente et dont un quartier dans la vallée est organisé autour des moulins à papier.

Ci-dessous moulin à papier de La Rouzique à Couze-St-Front

Le nombre d’anciens moulins sur cette vallée est impressionnante. Puisqu’on dépasse la quarantaine pour les moulins à eau et on est autour de la dizaine pour les moulins à vent. Au regard du faible débit de la rivière et de ses affluents, il faut intégrer notamment la Véronne et le ruisseau du Roumaguet, on peut imaginer la faiblesse des quantité de farine produites. On avait à faire à des moulins fariniers de proximité pour moudre le peu de céréales produites dans les emblavures étroites des fonds de vallées et des combes. Y avait-il des meules pour écraser les noix et produire de l’huile de noix ? L’exposition n’en parle pas. Un des derniers moulins fariniers qui fonctionna est celui de la Taillade. Je l’ai moi-même vu tourner entre 1960 et probablement le début des années 1970. Une des dernières familles de meunier de la Taillade fut la famille Majou dont le patronyme était imprimé sur les sacs de mouture présentés à Surrier. La Taillade avait une autre particularité, autour de ce moulin, le long de la rivière et dans la prairie, se déroulait tous les ans une fête foraine avec manèges, jeux traditionnels dont le rampeau, bal parquet, stands de tir, buvette, casse-croûte, concours de pêche à la ligne. Pourquoi une vote ainsi au milieu de rien, au pied de la côte de Beaumont ? Comme si une fois l’an à la fin de l’été, les beaumontois allaient passer un dimanche au bord de la rivière et rendaient ainsi hommage à leur meunier… Cette fête n’existe plus. Elle s’est éteinte probablement peu de temps avant le moulin, à la fin de la décennie 1960.



Photo du moulin à vent de Couirac

Sur les tertres une dizaine de moulins à vent ont tourné,  certains jusqu’au début du XXè siècle. A l’instar du moulin de Couirac qui a conservé sa tour dressée sur une esplanade. Les moulins à vent des coteaux de la Couze étaient-ils pivotables pour prendre le vent ? Au village de mon enfance, les témoins les plus âgées se souvenaient  de leurs « anciens » allant moudre à Couirac. Selon leurs dires, ce moulin ne tournait pas souvent. Il attendait le vent d'autan ou le vent d’ouest. Lorsque les ailes de Couirac ne tournaient pas, ceux du village emportaient les grains à moudre sur la rivière à La Taillade. La disparition des moulins à vent aurait deux origines: d'une part la concurrence efficace des moulins à eau dont la technologie améliorée permettait de moudre des quantités beaucoup plus importantes de grains sans être dépendant des aléas de la météo, d'autre part la volonté des propriétaires de démenteler les moulins à vent assujettis à une forte fiscalité lorsqu'ils étaient en état de marche.

Troisième type de moulins sur la Couze, les moulins à papier de Couze-saint-Front. Une activité ancestrale, qui perdure aujourd’hui. En raison de la qualité de l’eau dont le ph neutre est très favorable au traitement des chiffons, base de la pâte des papiers de Couze, il y a des moulins à papier ici depuis plusieurs siècles. J'ai raconté dans mon livre "Paysans: mémoires vives" (Editions Autrement), la dureté du travail dans ces fabriques et notamment du travail pour les femmes. C'est Justine Lagarde, fille de petits paysans du plateau qui se plaça très jeune comme ouvrière à La Rouzique qui raconte: "Nous étions quarante-cinq, vingt-huit femmes et dix-sept hommes. On faisait la manutention et les hommes conduisaient les machines. Les travaux les plus pénibles étaient pour les femmes. Nous étions les mains de peine. A nous le lavage du papier, mais aussi le séchage sur les étendoirs. On travaillait sous ces grands toits où le courant d'air était là pour sécher le papier étendu sur de longs fils. Il y faisait froid, surtout en hiver (...)"
         Le métier des papetiers et celui des chiffonniers qui approvisionnaient les fabriques reste encore très mystérieux. Ces chiffonniers étaient souvent des colporteurs. Un voyage à l'aller vers Couze avec les chiffons collectés au long du voyage et retour avec du papier dans les malles pour le vendre sur les foires, dans les boutiques des villes et sur les places des villages.


A noter la proximité de l’extraction et la taille des meules en usage dans les moulins de la vallée de la Couze pour écraser la mouture. Il existait en effet un vaste site de taille, dans des carrières de gypse à Sainte-Sabine sur le plateau de Beaumont-du-Périgord. Une carrière de production réputée, on venait de très loin s’approvisionner en meules de Sainte-Sabine.


 
Je reste attentif pour enrichir cette note sur les moulins de la vallée de la Couze. Et notamment sur la chronologie. En effet je recherche toujours les dates de fin d’activité des moulins à vent des coteaux. Le doyen de mon village, né 1893, se souvenait très jeune du mulet portant "lou sac des fournado" au moulin de Couirac. Je situe donc cette activité du moulin à vent au plus loin dans la mémoire de mon interlocuteur en 1898. Les ailes du moulin ont-elles tournées au-delà de 1900 ? Ou jusqu'à la guerre de 1914-1918 ? La chronologie des moulins à vent dans d'autres régions serait utile pour confronter les calendriers avec ceux du Périgord. J'attends vos réponses...

Par Bernard Stéphan - Publié dans : recherches sur le paysage
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 26 août 2008 2 26 /08 /Août /2008 18:55

J’ai déjà évoqué ici le travail des Pesqueyroux, association de Saint-Capraise-de-Lalinde (Dordogne) et aujourd’hui maison d’édition. Travail remarquable de collectage de la mémoire historique menée avec la rigueur scientifique incontestable. Ce sont en effet des universitaires des facultés Bordelaises qui sont la caution du travail menée par des passionnées.

Le dernier ouvrage sortie est intitulé « La grotte et l’abri préhistoriques de la Cavaille (Couze) » et il est signé Nelly Rigoulet.


 Un travail de synthèse de la part de la jeune préhistorienne qui a enquêté sur les deux cavités qui s’ouvrent dans une falaise d’une combe donnant sur la vallée de la  Couze. Vallée elle-même majeure pour la connaissance des sites de la préhistoire. Fernand Lacorre indique dans un article ancien qu’il existe quatorze sites palolithiques dans la vallée de la Couze dont la grotte de La Cavaille, l’abri de La Gravette, les sites de Combe-Capelle. « Le fait intéressant, écrit Fernand Lacorre, à noter encore est la diversité des Hommes appartenant à des cultures différentes qui, en voie de migration,  à des époques très distantes, ont dû franchir de toute évidence la Dordogne au lieu de Couze,  pour s’être fixés dans la zone toute proche dont on  vient de parler. Il semble que cet endroit ait été presque de tout temps,  pour les Paléolithiques, le point d’aboutissement à cette rivière d’un grand chemin de migration habituellement suivi. Cette raison peut seule expliquer le fait qu’après les fabricants de bifaces, qui ont parcouru les plateaux sous de doux climats,  les migrateurs de la période froide, Moustériens, Aurignaciens, Périgordiens des deux âges, Solutréens et Magdaléniens sont arrivés à traverser la Dordogne au même lieu, appelé sans doute par l’attrait de la petite rivière de la Couze et les abris tentants de la vallée.
 »

La Cavaille est une des deux grottes gravées connues de l’arrondissement de Bergerac. Les parois portent plusieurs gravures relativement estompées dont des silhouettes de mammouths, une tête de cheval, un bovidé et une image vulvaire.

C’est en 1933 que les préhistoriens Fernand Lacorre et son épouse découvrent la grotte.

Nelly Rigoulet a mené une étude systématique de tous les travaux des préhistoriens sur le site, depuis son invention jusqu’à la récente et urgente décision d’inscription du site au titre des Monuments historiques et de fermeture de son accès aux visiteurs en 2007. Elle a dépouillé les actes de la Société Historique et Archéologique du Périgord, elle donne les divers comptes-rendus de visites et montre combien, au travers de tous ces documents, la richesse du site n’a eu d’égale que l’urgence d’en protéger sa pérennité.

 

* La grotte et l’abri préhistoriques de La Cavaille (Couze) par Nelly Rigoulet. Editions des Pesqueyroux. Contacts : Les Pesqueyroux, mairie de Saint-Capraise de Lalinde 24150 (pesqueyroux@wanadoo.fr)

Par Bernard Stéphan - Publié dans : recherches sur le paysage
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 29 avril 2008 2 29 /04 /Avr /2008 20:00


Evénement climatique et géographique rare... le ruisseau de Roumaguet est en eau. Ce ruisseau est un affluent de la Couze en Dordogne. Il dessine une vallée étroite, très largement boisée, dont les pentes sont cassées par des fractures dessinées par des falaises. Celles-ci ménagent des abrits sous roches, plusieurs sites sont répertoriés pour avoir été habités à différents moments de la préhistoire. Ici on n'est pas loin des grands sites de Combe-Capelle, de La Grevette et de Bourniquel. La vallée étroite de Roumaguet est très souvent une vallée sèche. En ce début de printemps, le ruisseau était largement en eau, résultat des pluies de l'hiver. 

 

Par Bernard Stéphan - Publié dans : recherches sur le paysage
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés