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Jeudi 21 avril 2011 4 21 /04 /Avr /2011 20:48

Pâques en Périgord selon Georges Rocal.- Retrouvé ce texte de l'abbé Georges Rocal (collecteur d'usages traditionnels en Périgord durant la première moitié du XXè siècle) à propos des usages de la Semaine Sainte en Périgord: "Les enfants portent des branches parées de sucreries, de faveurs, de fleurs, de guirlandes pailletées. Des tortillons y sont suspendus et des brioches à trois branches aplaties, nommées cornuelles à Périgueux et cournadèles à Bergerac. On préfère à Sarlat attacher des colombes, gâteaux en forme de poupées, dont les traits sont dessinés avec des grains d'anis." Georges Rocal ajoute qu'à Bergerac, vers 1885-1890, " les enfants enfilaient en cordées des sardinoux, minuscules poissons salés; ils se balançaient aux rameaux aussi nombreux que des feuilles; au lieu que les vieux accrochaient  de longues sardines qu'ils consommaient ensuite pendant la Semaine-Sainte." L'accrochage de tortillons et de cornouelles est également attesté par La Mazille (auteur collectrice d'usages culinaires en Périgord) qui en fait la description. On trouve les mêmes brioches à Lalinde (Dordogne), là elles sont appelées cornadelles. A Limoges le jour des Rameaux les enfants décorent leurs bouquets de meuringues qui sont dégustées à la sortie de la messe.


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Photo: panière de cornadelles vendues dans une boulangerie-pâtisserie de Lalinde (Dordogne) en 2011. (Ph.B.S.)


J'ai connu les rameaux décorés à la messe des rameaux à Lalinde et même à Pontours (Dordogne) dans les années 1960. Le décor était essentiellement fait de "brillants", fragments de papier de chocolat et de petits poissons en chocolat. Les rameaux eux-même étaient de deux sortes, du laurier en fleur, laurier très odorant ou des buis. La messe des rameaux était suivie par les femmes et les enfants. Il s'agit en effet dans le pays de Lalinde et de Beaumont-du-Périgord d'une religiosité féminine épisodique dont la pratique est  marquée par les grandes fêtes religieuses.
Dans l'ouest de la Corrèze, à Ségur-le-Château, les boulangers fabriquaient les cornues, sorte de brioches à cornes que l'on dégustait en famille. J'ai retrouvé les cornues dans d'autres régions dont en Berry à Vierzon. 
Parmi les usages des Rameaux, de la semaine Sainte et de Pâques voici par ailleurs quelques éléments inventoriés en Périgord:
* usage de la crécelle pour appeler à la messe, bruit de l'instrument qui remplaçait le son des cloches qui disait-on étaient parties à Rome.
* dépôt d'un brin de rameau bénit dans tous les endroits des fermes, des potagers, au coin des champs, sur les ruches et sur les tombes.
* cuisson du gigot de mouton pour Pâques et de la fameuse anguille au dessert qui est un gâteau en forme de gros tortillon contenant des fruits ou une confiture épaisse.

 

Roulée des oeufs de Pâques.- Les vitrines des charcutiers du Berry renvoient à une tradition de bouches; le pâté de Pâques. On a pris l'habitude de cacher l'oeuf dans le pâté comme ailleurs on cache des oeufs dans les jardins. Cette place centrale de l'oeuf au moment de Pâques renvoie au vieil usage de la roulée commune à beaucoup de régions tant que la société fut agro-pastorale. On note dans les inventaires du folkloriste Arnold Van Gennep la mention de fête du bériot à Dun-sur-Auron (Cher) où les groupes de jeunes font la quête des oeufs et les font cuire pour obtenir des oeufs durs, rouges. Pour celà les oeufs sont bouillis dans une eau rougie avec des peaux d'oignons ou des lamelles de betteraves rouges. On retrouve l'usage des oeufs colorés dans le Bourbonnais voisin. Mais aussi en Sologne où l'écrivain et ethnologue Claude Seignolle a collecté de nombreux souvenirs d'oeufs teints cachés dans les parcs et jardins. Autre usage; on pratiquait beaucoup jadis en Berry la roulée que l'on connaît aussi sous le terme de rouletée. Il s'agit d'un jeu de boules qui se pratique avec des oeufs durs colorés. La piste du jeu était en général une prairie en pente. Les enfants jouaient aux boules avec ces oeufs et les mangeaient lorsque la coquille était cassée. Cette roulée pouvait donner lieu à de grands rassemblements de jeunesse, souvent fixés le lundi de Pâques, qui était un des rares jours chômés pour les garçons bergers et  pour les métayers des domaines de la Champagne Berrichonne. Seignolle cite le nom des villages de Presly et d'Ennordres dans le Cher comme étant des villages où on pratiquait activement cette roulée donnant lieu à des rassemblement de jeunesse. Il cite Blancafort où la fête prenait le nom de routelée. On me signale en outre qu'on roulait les oeufs dans le sud du Berry sur les communes de Vicq-Exemplet et Saint-Aout (Indre). L'usage est largement répandu dans les vieilles sociétés européennes. L'antropologue russe D.Z. Zelenin a pu observer la roulée des oeufs de printemps. Pour lui ce jeu de la période de Pâques "est sans doute en relation avec la magie agricole. C'est une fécondation magique de la terre et une allusion au mûrissement des semences" écrit-il en observant ce rite de sa Russie natale.

 

DSCN1242 Photo: le pain bénit tel qu'il est encore vendu sur les marchés de Bourges (Ph.B.S.)

 

Le pain bénit.- Parmi les usages encore en vigueur en Berry il y a la tradition du pain bénit , vendu sur les marchés berrichons. Il s'agit d'une galette non levée, légèrement sucrée qui se mange au dessert en accompagnement d'une confiture ou d'une crème pâtissière ou qui se consomme au petit-déjeuner.

 

Témoignage

 

(D'Estelle Bardelot, dans le Cher).   "Bernard Jamet, le maire du Châtelet-en-Berry se souvient qu'on appelait cela faire la manche parce la tradition voulait qu'on parte quêter les oeufs chez les voisins. C'était dans son enfance, au début des années 50 à Vicq-Exemplet (Indre). L'expression aller quêter les oeufs existait encore mais on n'allait plus les chercher chez les voisins mais on les prenait dans notre poulailler. Les oeufs étaient ensuite teints avec ce que l'on trouvait dans les jardins et on les faisait rouler le long d'une pente."

" Moi, témoigne Estelle Bardelot,  j'ai fait rouler les oeufs de Pâques sur le domaine de mes grands-parents maternels à Saint-Maur, entre Culan et le Châtelet (Cher). C'était entre 1980 et 1985, j'avais entre 5 et 10 ans. Ma grand-mère récupérait, le matin du lundi de Pâques, les oeufs dans le poulailler du domaine. Elle les faisait cuire soit avec de la pelure d'oignon pour qu'ils deviennent orangés ou avec de l'herbe ou des épinards ou du persil pour qu'ils deviennent de couleur verte. J'ai le souvenir d'oeufs bleus mais maman ne s'en souvient pas. Quand ils étaient cuits, nous allions sur une petite pente, juste devant le poulailler et nous faisions un jeu avec mon frère et mon cousin : nous nous mettions en haut de la pente, nous faisions rouler nos oeufs et nous devions descendre la pente avant eux pour les récupérer en bas. Ceux qui se cassaient pendant la descente étaient mangés sur place, les autres au déjeuner. J'ai du participer à ce jeu jusqu'à  10 ans environ (1985). En revanche, maman qui est née en 1950 ne se souvient pas avoir fait rouler les oeufs."

 

* Adressez-moi des témoignages d'usages dans vos régions pour enrichir cet inventaire.

 

 

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Par Bernard Stéphan - Publié dans : ethnologie
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