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Bien regarder, bien écouter, bien comprendre. Nos paysages racontent des vies et notre histoire. On pousse la porte et on regarde autrement... (Ce blog est réalisé par un journaliste professionnel)

Mercredi 15 février 2012 3 15 /02 /Fév /2012 18:14

 

Estives d'Auvergne.-  Burons ici, tras là, c’était les fermes d’en haut dans les estives. du massif du Sancy en Auve"gne Aujourd’hui peu d’entre elles subsistent, nombre de murs écroulés et de corrals mangés de rouillent témoignent. Le pâturage d’altitude est rarement  sans ses chaos de pierres, témoins d’un mur écroulé. On aura longtemps dans la « montagne » des Dore une exploitation agro-pastorale de l’altitude par les troupeaux transhumants qui viennent souvent de la plaine. A l’instar de ces troupeaux remontés de la Limagne. Les burons ont été durablement l’habitat pastoral de ces zones d’estive qui souvent on remplacé des bâtisses plus anciennes, les tras, qui étaient recouverts de toitures végétales (genets, roseaux, joncs ou branches de conifères) à contrario du buron recouvert de pierres plates ou lauzes. Les tras anciens des Monts Dore étaient à l’origine des bâtisses de pierres sèches sous toitures à quatre pans, recouvertes de végétation. On observent de nombreuses fondations d'anciens tras dans des pâturages du plateau du Cézalier, près du village de La Godivelle.  L’usage veut qu’il existe une architecture typique du buron avec, sous le toit, sa pièce de vie, suffisamment vaste pour contenir dans une partie le foin sec de réserve. De plein pied ouvrant au nord  sur l’estive, la chambre du fromage où les buronniers oeuvraient au quotidien. En  sous-sols une cave fraîche, elle aussi tournée vers le nord, chambre d’affinage.

DSCN1830 Photo: sur le plateau du Guéry dans les Monts Dore, un coral, témoin de l'activité estivale.


A l’instar des jasseries du Forez , le buron devait être construit à proximité d’une source ou d’un ruisseau. Il s’agit ici comme dans beaucoup d’estives et notamment celles de l’Aubrac, mais on retrouve le même usage dans les Pyrénées et dans certains terroirs Alpins, de « fermes » d’altitude qui correspondent à des fermes de vallées et qui en étaient le double estival. Il faut dire qu’il y a ici dans la tradition agraire une « souveraineté de l’herbe » qui s’observe tant en basse altitude que sur l’estive dans le massif. Les troupeaux étaient essentiellement des bovins en lait. Et si, sur le Cézallier, on trouvait d’abord la salers rattachant ces hauts plateaux à la géographie du Cantal proche, dans les monts Dore c’est la race ferrandaise qui dominait. Elle avait une double fonction de laitière mais aussi de vache de trait. L’environnement du buron ménageait souvent un corral empirique, enclos de murets de pierres sèches pour parquer quelques bêtes et cerner un espace domestique. Lorsque le buron était une grande ferme d’altitude il comportait plusieurs bâtiments secondaires, souvent accolés, ainsi le védalat (espace d’élevage des veaux) et on  trouve même sur le Cézallier des burons avec porcherie. Cette race ferrandaise a failli péricliter et disparaîetre et grâce à la passion de quelques éleveurs elle a été relancée depuis une douzaine d'années.

Tardivement, dans l’entre-deux-guerres, on a construit des fermes, véritables implantations d’altitude avec la maison de vie, les corrals, les porcheries, les granges, la fromagerie et la cave à affinage. Un des plus beaux exemples est celui de la ferme du Puy May sur le plateau du Guéry au pied du versant sud de la Banne d’Ordanche. Il s’agissait d’une ferme moderne avec grande maison de vie pour une famille et plusieurs vachers, dépendances, enclos, corral, basse-cour. Ne répondant plus aux formes modernes d’exploitation de l’estive, le plateau a été quadrillé de clôture au début des années 1980, la ferme du Puy May a été abandonnée, vouée aux vents, aux intempéries, c’est aujourd’hui une vieille  carcasse, vaisseau échoué, mangé par le temps. A quelques pas de là, sous le col de Saint-Laurent, le buron du Thenon, en lisière de la hêtraie, à l’aplomb de La Bourboule, a perdu sa fonction pastorale à la fin des années 1970, lui aussi effondré sous les vents, il ne subsiste désormais que quelques murets chenus.

IMG 6458 Photo: ruines de la ferme du Puy May sur le plateau du Guéry.


Cette archéologie des estives renvoie non pas à l’abandon du pâturage mais à une déprise humaine, au profit des substituts mécaniques, clôtures électriques, barrières, visites motorisées, etc. L’homme s’éloigne de sa montagne, il la surveille épisodiquement, le temps de la vie estivale des fermes d’en haut est bien fini. 

 

 

Renaissance de la transhumance en Auvergne.- L'événement risque d'être d'abord touristique. Mais il pourrait ouvrir la voie à d'autres troupeaux et participer ainsi à une renaissance des estives en Auvergne. L'exemple sera donné en juin prochain avec le retour de moutons sur les estives du Lioran dans le Cantal. Un troupeau de sept cents moutons venus des zones sèches du Lot qui prendra la drailhe et les chemins du 3 au 17 juin 2012. Troupeau, chiens, bergers et logistiques, jour après jour monteront ainsi à l'estive. Un long parcours, cinq étapes dans le Lot, dix dans le Cantal, avant de rejoindre les quartiers d'été. Et l'arrivée sera, dit-on, fêtée par 5000 personnes pour ces retrouvailles en altitude. Deux bergers doivent garder les bêtes tout l'été pour une redescente prévue à partir du 15 septembre.                              

 

IMG 6438

Par Bernard Stéphan
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Lundi 9 janvier 2012 1 09 /01 /Jan /2012 20:50

L'article huttes et cabanes que l'on trouve en appelant les mots d'alerte "Hutte" ou "Cabanes" a été réactualisé avec la hutte de chasseurs d'Auvergne.DSCN1772

Par Bernard Stéphan - Publié dans : ethnologie
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Samedi 29 octobre 2011 6 29 /10 /Oct /2011 16:12

DSCN1684

 Redécouverte de la chronique d’Esprit Fléchier sur les Grands-Jours d’Auvergne de 1665 dans une édition de 1968 de l’Académie française. La tenue des Grands-Jours était un usage d’Ancien Régime, il s’agissait du transport de la justice dans un point troublé du royaume. « A l’origine le Parlement de Paris servait seul de juridiction unique pour tout le royaume et, pour pourvoir à l’exercice de la justice, la nécessité obligea les magistrats à se transporter en province.» Le Procureur Général Talon (3) donnera le ton en fixant pour objectif à cette justice de « tirer le peuple de l’oppression des puissants ». Il s’agissait évidemment de remettre de l’ordre, traquer la corruption et la concussion, dénoncer la collusion entre les justices locales et les classes dirigeantes, hobereaux locaux, représentants de l’église. Les Grands-Jours d’Auvergne qui allaient se tenir à Clermont-Ferrand concernaient en fait de vastes provinces du centre du royaume avec charge de juger crimes et délits commis en Auvergne, Bourbonnais, Forez, Beaujolais, Lyonnais, pays de Combraille, haute et basse Marche et Berry.

Il faut imaginer que les magistrats et tous les commis et personnels se transportaient au pas lent des attelage de Paris à Clermont. Ainsi donc « toute la Compagnie quitta Paris à la mi-septembre 1665. Les carrosses avançaient lentement et transportait un monde nombreux (…) on arriva à Riom le 22 septembre. » 

DSCN1687 Photo: vue de Montferrand au XVIè siècle

Paysage de ruisseaux et de prairies.- L’originalité de cette chronique c’est le regard qu’elle offre sur la société clermontoise de la fin du XVIIè siècle,  mais aussi sur le paysage auvergnat de l’époque. L’auteur, un ecclésiastique, était le précepteur du fils de Caumartin, maître des requêtes des Grands-Jours. C’est à ce titre qu’il est du séjour.

Le grand équipage arrive à Riom. « La ville n’est pas de grande étendue, mais elle est fort agréable et fort riante ; elle n’est pas fort percée, mais les rues en sont forts larges et les maisons y sont d’assez belle apparence. » Le déplacement vers Clermont permet au chroniqueur d'esquisser quelques éléments descriptifs du paysage. « Ces deux villes  sont éloignées de deux lieues l’un de l’autre, mais le chemin est si beau qu’il peut passer pour une longue allée de promenade ; il est bordé de faux (1) des deux côtés, plantés à égale distance, qui sont arrosés continuellement de deux ruisseaux d’une eau fort claire et fort vive, qui se font comme deux canaux naturels, pour divertir la vue de ceux qui passent, et pour entretrenir la fraîcheur et la verdure des arbres.» Il y a là un descriptif d’un paysage aménagé dans un environnement très arrosé par les ruisseaux domestiqués et les nombreuses sources qui sourdent au pied de la chaîne des puys. Le paysage agraire est un paysage pastoral. On est loin des perspectives de l’agriculture intensive de la Limagne d’aujourd’hui. En effet Fléchier, brossant le paysage de la plaine évoque « une grande étendue de prairies qui sont d’un vert bien plus frais et plus vif que celui des autres pays.» Quand à l’abondance de l’eau comme facteur d’accompagnement de la société agraire et villageoise, Fléchier ajoute : « Une infinité de petits ruisseaux serpentant dedans, et font voir un beau cristal qui s’écoule à petit bruit dans un lit de la plus belle verdure du monde. » Il évoque aussi les montagnes d’Auvergne « d’une grande fertilité ». Les coulées volcaniques avec en particulier des sols de terre noire, mais aussi les sols basaltiques,  offrent une richesse fertile pour l’agriculture. Les pentes ont été colonisées depuis longtemps par la vigne qui a trouvé dans le sol d’origine volcanique un terroir très favorable. N’oublions pas que plus de deux siècles plus tard, en 1895, alors que le phylloxéra avait déjà gravement frappé une grande partie des terroirs de l’hexagone, le département du Puy-de-Dôme est alors encore le troisième département viticole en France avec 44.000 hectares de plantations !

 

La ville de Clermont.- Le descriptif que fait Fléchier de Clermont n’est pas à la gloire de la capitale de la province. « Pour la ville de Clermont, écrit-il, il n’y a guère ville en France plus désagréable. La situation n’en est pas fort commode, à cause qu’elle est au pied des montagnes. Les rues y sont si étroites, que la plus grande y est la juste mesure d’un carrosse; aussi deux carrosses y font un embarras à faire damner les cochers, qui jurent bien mieux ici qu’ailleurs, et qui brûleraient peut-être la ville, s’ils étaient en plus grand nombre, et si l’eau de mille belles fontaines n’était prête à éteindre le feu. »

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Autant Fléchier brosse un tableau peu amène de Clermont, autant il sera enthousiaste pour Vichy où les corps des Grands-Jours vont aller en excursion pour trouver un peu de sérénité pendant les longues semaines des séances de justice.  Il ne manque pas de mots pour décrire la ville d’eau qu’il qualifie de « plus beau paysage du monde », pas moins ! « On y voit d’un côté, des plaines ; de l’autre, des montagnes qui font un aspect différent, mais qui sont également fertiles (…) La rivière d’Allier, qui serpente dans ce vallon et qui porte en cet endroit de grands bateaux, est un des beaux ornements de cette campagne. »

L'hiver se montre... C’est autour du 1er octobre que l’auteur chronique le retour de l’intendant venu d’Aurillac. La saison est précoce, Fléchier constater que l’intendant a eu beaucoup de mal à faire le voyage d’Aurillac pour « se tirer des neiges qui sont déjà tombées sur ces montagnes ». Neiges qui surprendront bientôt Fléchier qui les évoque ainsi : « Je prenais  plaisir quelquefois de voir de ma chambre blanchir les montagnes, et regardant les neiges du coin de mon feu, j’étais ravi d’être bien au chaud et de voir l’hiver à deux lieues de moi, car c’est ici la coutume de le voir un mois avant qu’on le sente. »


 

Photo: la place de Jaude à Clermont-Ferrand

 

Le procés de la serviture.- Au hasard des très nombreux procès décrits, qui viennent devant les magistrats des Grands-jours, il en est un édifiant sur la condition sociale paysanne et sur la sujétion à l’église. Ce procès c’est celui d’une coutume qui va contre l’esprit même des lois du royaume d’alors et contre les prémices d’un esprit des Lumières. « Les chanoines réguliers  de Saint-Augustin, qui ont plusieurs maisons en ce pays, ont un droit de domination fort particulière dans un certain endroit du pays de Combrailles, par lequel ils ont des sujets esclaves et dépendant d’eux en toutes manières.  Les coutumes écrites de ces provinces, l’usage et la longue possession les autorisent; mais il me semble que la charité chrétienne et les règles de la douceurs évangélique sont fort contraires à cette  servitude personnelle, qui consiste à ne pouvoir point sortir du lieu de leur habitation, sans la permission des seigneurs, à n’être pas libre dans les dispositions de leurs biens, les seigneurs étant leurs héritiers au préjudice de tous les parents collatéraux, et à mille autres redevances fort onéreuses (2). Quelques uns voulurent s’exempter de cette sujétion, et demandèrent  la liberté avec insistance (…) M Talon (3) dit les plus belles choses du monde sur l’esclavage et la liberté, et quelque apparence qu’il y eut de maintenir ce droit d’usage et de coutume, il trouva que ces droits étant odieux et contraire aux lois du christianisme, il fallait les réformer, et conclut à la rédemption de ces captifs sans chaînes ; mais il ne fut pas suivi,  et la cour appointa l’affaire. »

DSCN1688

On notera que le chroniqueur, qui est un homme d’église, ne renvoie évidemment pas à la raison et ni à la réflexion sur l’abolition de l’esclavage et plus largement sur la liberté. En revanche l’expression même des plaideurs à la barre du tribunal d’exception montre une expression des haines sociales qui  existent dans les profondeurs de la province. Certes selon le mot de Bossuet "dans les grands besoins, le peuple a droit d'avoir recours à son prince". La monarchie utilise alors les magistrats pour remettre au pas les féodaux, elle entretient le mythe du père du peuple, mais le peuple en fait une sorte de tribune d’expression de toutes les frustrations accumulées et sans doute déjà de toutes les oppressions.


 

Photo: portrait de Denis Talon, procureur.

 

Nouveaux paysages.- De nouvelles descriptions du paysage alentour sont toujours dominées par une relation à l’eau, aux sources, aux ruisseaux et curieusement aux prairies. Rapportant « une promenade à la campagne », l’auteur campe une halte sur une éminence à une demi lieue de la ville. Panorama dont il donne la description suivante : « La situation en est la plus belle du monde ; elle est sur une éminence fort douce à monter, de laquelle on voit une grande étendue de prairies, qui sont beaucoup plus vertes et plus fleuries que celles de Paris, et qui, étant rafraîchies par une infinité de ruisseaux, ont un émail plus vif et plus sensible que les autres. » Fléchier fait quelques promenades à proximité de la ville, là aussi pour observer quelques originalités géographiques; par le decriptif qu'il fait de grottes et de concrétions on songe aux sources de Saint-Alyre qui  alimentent les grottes du Pérou où l'on observe un phénomène de pétrifications.DSCN1649

 

Prémices aux cahiers de doléance.- Point important de la relation des Grands-Jours, c’est la capacité des humbles à venir déposer contre la noblesse. Plusieurs relations d’audiences mettent en avant cet aspect des dépositions et des débats.  Ce que Fléchier qui est un représentant patenté de l’Ancien Régime, appelle la « hardiesse des paysans ». Et il ajoute : « les paysans étaient fort hardis » et « ils déposaient volontiers contre les nobles lorsqu’ils n’étaient point retenus par la crainte. » On sent déjà une accumulation qui s’exprime, il y faudra du temps, mais n’est-ce pas déjà la préface de la construction de ce qu’on appellera un jour les cahiers de doléances qui notamment dresseront l’inventaire de toutes les récriminations à l’encontre des classes dirigeantes ? On observe en outre une grande confiance du petit peuple dans la justice des Grands-Jours. Sans doute parce qu’il s’agit du pouvoir central qui s’est déplacé directement. Et qu’il y a là la croyance que la relation directe au pouvoir central qui permettra de court-circuiter les justices locales et les pressions de la classe dirigeante de la province et ses accomodements. Il est vrai que la force du droit coutumier autorise alors ces accomodements.  L'historien des finances d'Ancien Régime Marcel Marion, universitaire Bordelais, n'a-t-il pas lui-même constaté que "une vie d'homme aurait à peine suffi pour acquérir une connaissance exacte de tous les droits ayant cours dans un coin quelconque de France". Ce qui fait écrire à Fléchier « Tant le peuple se flatte ici des Grands-Jours, et tant la noblesse les craint ! » Le constat de Fléchier, après plusieurs semaines d’audience, c’est que dans ce pays de montagnes, la noblesse applique d’abord sa propre loi.  Le retour du juge Le Peltier rentrant d’une tournée dans les paroisses de la haute Auvergne est édifiant. Fléchier décrit ainsi l’action quotidienne de Le Peltier dans son inspection: « On l’a vu faire des violences innocentes où l’on en faisait tant de criminelles ; entrer dans les châteaux les plus fortifiés ; faire ouvrir les cabinets les plus secrets, et envoyer les plus fiers et les plus puissants de la province, sous la garde d’un exempt, à Clermont, pour rendre raison de leur conduite. »

 

C’est le 30 janvier 1666 que s’achèvent les Grands-Jours, toute la fameuse « Compagnie », par le même chemin, au rythme du pas lent des équipages, va regagner Paris. Non sans une halte le long du canal de Briare une fois passée la Loire près de Gien pour observer de visu le progrès, ici celui du pont canal et celui des nombreuses écluses.

 

(1)   Hêtre. On retrouve ce mot dans la toponymie. Ainsi le lieu-dit Les quatre fayants près de Meuzac aux limites de la Corrèze et de la Haute-Vienne.

 

(2)   La coutume d’Auvergne dont la rédaction date de 1510 démontre qu’à cette date il n’y a plus de serfs dans la province. Toutefois dans le pays des Combrailles l’usage du servage perdurera  jusqu’à l’édit de Louis XVI d’août 1779 qui abolit la servitude personnelle dans tout le royaume.

 

(3)   Denis Talon était l’avocat général des Grands-Jours. Il prit le titre de Procureur Général. Agé de 37 ans, il avait déjà à son actif de grands procès, il avait ainsi instruit le dossier du procès Fouquet.

 

 

 

 

On y danse, on y danse !... Observant les mœurs et coutume du quotidien Fléchier évoque l’importance de la danse populaire dans les loisirs collectifs des habitants de Clermont au XVIIè siècle. Cette danse est de deux types, la goignade et la bourrée. Deux danses d’une même cadence qui ne diffèrent qu’en figure. « La bourrée d’Auvergne est une danse gaie, figurée, agréable, où les départs, les rencontres et les mouvements font un très bel effet et divertissent fort les spectateurs. Mais la goignade, sur le fond de gaîté de la bourrée, ajoute une broderie d’impudence, et l’on peut dire que c’est la danse du monde la plus dissolue (…) » Fléchier qui est un fin observateur des usages de la ville considère  que la danse est une sorte de geste inné des habitants : « L’usage en est pourtant si commun en Auvergne, qu’on le sait dès qu’on sait marcher, et l’on peut dire qu’ils naissent avec la science infuse de leurs bourrées. (…) Dès que le printemps est arrivé, toute le petit peuple passe tous les soirs dans cet exercice, et l’on ne voit pas une rue ni une place publique qui ne soit pleine de danseurs ; ce qui fait que les petits enfants en savent tant sans aucune étude. » La chronique montre qu'il s'agit d'un passe-temps populaire, une expression de la culture populaire que la classe dominante que représente Fléchier observe sans jamais s'y mêler.                                                                   

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Par Bernard Stéphan - Publié dans : periberry
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Mardi 23 août 2011 2 23 /08 /Août /2011 19:18

 

Sept mots de Bla spagne à bouillarder

Bla spagne ou bla d’espagna (n.m.).- du gaulois blad (froment). C'est le blé d'Espagne. Ainsi appelait-on le maïs dans le sud du Périgord. 

 

Bois doux (n.m.) .- Fausse réglisse que les enfants machouillaient, cette racine avait un goût vague de réglisse. Il est aussi appelé bois sucré.

 

Bonde (n.f.).- probablement du gaulois bonda. Bouchon supérieur des barriques. Système de fermeture (et d’ouverture) d’un étang pour en assurer la vidange.

 

Borie (n.f.).- de l’occitan (provençal) borio, mais aussi du latin boaria (étable à bœufs). Ce mot a un double sens. C’est la ferme et en particulier la métairie en Gascogne, en Languedoc et en Périgord, la métairie d’un domaine, en Provence c’est le domaine avec sa bergerie. IMG_3826.JPG

C’est aussi la cabane de pierres sèches que l’on désigne aussi en Périgord noir et en Quercy par le mot gariotte. C’est une cabane pastorale ou  agro-pastorale. On la trouve dans de très nombreux terroirs du sud de la France, mais aussi du pourtour méditerranéen sous les noms d’ori, de cheyrou, de capitelle, etc. Dans mon enfance, entre écoliers, dans notre langage, c’était les huttes gauloises. De très nombreux lieux-dits du pays Lindois portent la toponymie de Borie, Borio, Boria, Borie-Haute, Borie-Basse, La Bouriette, le Pont de la Bouriette, la Borie de Paty, la Borie Neuve. On trouve aussi des patronymes nombreux en Périgord qui renvoient à la borie avec Borie, Laborie, Bories, etc.

 

Boudinière (n.f.).- de boudin. Entonnoir en fer-blanc servant à la fabrication manuelle des boudins noirs. Le boyau était enfilé le long du tube, le mélange de la viande et du sang était poussé dans le boyau à partir de la bouche de l’entonnoir.

 

Boufiole (n.f.).- de l’occitan (gascon) bouhollo. Etincelle. Dans une autre acception c’est un bouton ou une ampoule ou une cloque sur la peau ou une boursouflure.

 

Bouillarder, brouillarder (v.).- de l’ancien français brouillas. Pleuvoir à verse. Bouillardo sul termé : « Il pleut sur le tertre. »

 

/... à suivre  DSCN1496


Par Bernard Stéphan - Publié dans : traditions orales
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Samedi 30 juillet 2011 6 30 /07 /Juil /2011 09:57

 

Berry, Nivernais, Bourbonnais, Auvergne, Limousin, Marche.- Ils sont berrichons expatriés, ils sont enracinés dans la champagne berrichonne dans le canton de Levroux (Indre).  Passionnés d’histoire et de généalogie, les auteurs font revivre le domaine agricole de leurs ancêtres, les Darnault à Grange-Dieu, l’archétype d’une communauté familiale agricole comme il en exista dans plusieurs régions et notamment en Berry, en Bourbonnais, en Limousin, en Auvergne  et en Morvan.

Sous le même toit.- La notion de communauté est illustrée par la cohabitation sous le même toit de plusieurs générations de la famille, mais aussi de colatéraux, plusieurs ménages,  et quelquefois de domestiques qui travaillent de manière permanente à l’année sur un même domaine agricole. « Ce qui caractérise notamment cette famille, c’est sa pérennité, sans discontinuité sur ce domaine, pendant près de 215 ans. » L’organisation communautaire impose que l’on vive sous les toits du domaine qui s’articulent autour d’un cour commune. Et si chaque noyau a sa « chambre » qui relève davantage d’une petite maison que d’une simple pièce, tous les membres partagent les repas dans une grande pièce commune , la maison demeure, qui est le lieu de vie essentiel du couple des maîtres de la communauté.  Le maître commande aux hommes et sa femme  commande aux femmes.

Fondation familiale laïque.- Au départ de ces communautés, le chef est un père de famille. Il fonde ainsi son organisation autour d’une terre. Nous sommes dans une démarche d’exploitation communautaire à la manière des fondations monastiques, en l’espèce il s’agit d’une fondation de type familial laïque. L’historienne Henriette Dussourd qui a étudié les communautés du Bourbonnais et du Nivernais précise que « les membres étaient appelés les commungs parsonniers ou personniers, ou parciers, compains, frarescheux, vavasseurs. » Le mot parsonnier vient de l’ancien français parçon, diminutif de la diction part comme gars et garçon. En général le premier chef de la communauté était le fondateur.

Unions d'intérêts économiques.- Dans la communauté de la Grange Dieu, les auteurs montrent la force de l’esprit communautaire au cours des ans et même des siècles. Ceci évidemment grâce aux mariages qui sont des alliances d’intérêt. Les fils « appelés à assurer la direction de la communauté (…) se marient avec des femmes issues d’autres communautés.» Il n’y a donc pas de mésalliances économiques.

La cohésion appelle un autre élément important, c’est l’objectif commun à savoir l’exploitation du domaine. Pour cela il faut des bras, les premiers étant familiaux, les seconds étant des domestiques. Il n’est pas rare d’avoir entre vingt et trente personnes au quotidien dans la communauté de la Grange Dieu au XVIIè et XVIIIè siècle.  Raison probable des importantes fratries qui marquent les générations.

Au même pot, au même feu.- La communauté s’organise donc souvent autour d’une structure familiale regroupant plusieurs ménages qui cohabitent ensemble, qui vivent « au même pot et au même feu ». L’économie de main d’œuvre était une raison majeure de la forte natalité par génération.  « Avoir des enfants était un impératif pour ces communautés. Il s’agit d’assurer leur renouvellement (trouver un ou deux héritiers potentiels) et maintenir de la main-d’oeuvre familiale », écrivent les auteurs. Il y a donc une forte natalité. C’est ainsi que Scipion Darnault et son épouse Marie au XVIIè siècle ont 19 enfants. Jehan-François et Anne au XVIIIè ont 12 enfants.  Les auteurs ont observé ainsi qu’il existait plusieurs grandes communautés dans le canton de Levroux à l’instar des Guilpain de Trégonce où deux frères totalisent 22 enfants dans la première moitié du XVIIIè siècle. Dans la communauté voisine des Guilpain de Montbaron au milieu du XVIIIè deux frères totalisent  15 enfants. Et si le nombre de naissances est élevé, le taux de survivants est également important. « Si l’on s’en tient à la seule descendance des couples assurant la direction de la communauté, un taux moyens d’environ 60% d’enfants survivants (supérieur à 20 ans) se maintient globalement à travers toutes les générations. »

Organisation hiérarchisée.- Le tableau de la vie des communauté renvoie à un exercice collectif et hiérarchisé du quotidien. Il y a bien un maître et une maîtresse qui font régner un ordre sous le même toit et dans le domaine.  « Le chef de communauté était un maître absolu pour tout ce qui regardait les travaux à exécuter » écrit  Henriette Dussourd. qui ajoute : « Le bon fonctionnement des communautés était basé sur l’autorité du maître et il fallait qu’elle soit totale et non discutée, il fallait que le maître soit jugé infaillible. » Monique et Bertrand Darnault ajoutent : « Les parents au sein de la communauté détiennent l’autorité, l’épouse dirige les femmes, l’époux dirige les hommes. Ils sont appelés maîstre ou maîstresse. » La maîtresse est en général l’épouse du maître. Henriette Dussourd a trouvé des communautés du Bourbonnais où elle était élue par les autres femmes du domaine. C’est elle qui commande aux travaux des femmes, à l’organisation domestique de la maison avec la lingerie, la buanderie,  l’organisation des repas, la gestion de la basse-cour, du potager, de la boulangerie, les enfants. A Grange-Dieu « il y a une tradition bien ancrée, les femmes ne se mettent point à table avec les hommes, elles ne sont occupées que de les servir et prennent leur repas, debout ou assises à l’écart. » De son, côté Henriette Dussourd évoquent les communautés de la Montagne Bourbonnaise où « les enfants ne se mettaient pas à table et mangeaient assis ou agenouillés autour des landiers de la cheminée centrale. A l’âge de 18 ans seulement les garçons avaient le droit  de manger avec les hommes. »

Forte autarcie.-Les auteurs descendants de la communauté de Grange-Dieu esquissent le profil d’un monde total, très solidaire vivant en relative autarcie même s’il commerce avec l’extérieur et s’il donne une bonne éducation à ses enfants. La majorité des personniers savent signer de leur nom. Henriette Dussourd conclut que "les communautés agricoles mettaient un point d’honneur à ne rien acheter au dehors, à part le sel et le fer qu’elles ne pouvaient produire." A Grange-Dieu la nourriture est jugée variée et riche, « gage de bonne santé ». Elle s’appuie sur la diversité des productions domestiques (volailles, moutons, porcs, laitages, céréales, légumes, fruits, miel, vin, etc.)

Marqueurs sociaux.- Cette organisation positionne socialement ses membres et notamment les familles de personniers dans l’environnement des paroisses et du canton.  La communauté est en général une puissance, elle est un pourvoyeur de travail en employant de la main d’œuvre, elle est un acteur économique qui pèse sur les marchés locaux. « Le cheptel vif était un marqueur social, l’utilisation des animaux signalait une hiérarchie sociale infiniment plus étendue que celle qui reposait sur le seul attirail du labour. Beaucoup plus finement que la surface cultivée, la puissance des paysans se mesurait en têtes de bétail. » Sur les terres de Grange-Dieu en 1771 le troupeau de moutons est de 650 têtes. A son rôle économique la communauté agit en puissance influente en nouant alliances et relations ; c’est ainsi que les parrains et marraines des enfants sont des notables du pays. « Les parrainages des enfants  de la communauté montrent la réalité des marqueurs sociaux incontestables de part la qualité des parrains et marraines. Un examen des personnalités signant au bas des contrats de mariage des enfants de la communauté confirment l’idée d’un relationnel de la communauté particulièrement influent. Les personnalités marquantes de la paroisse y sont recensées : le bailly de Levroux (1648, 1741), celui de Bouges (1751), le maire, le lieutenant de la justice de Levroux (1712), des marchands (1719) et fermiers (celui de la seigneurie d Levroux par exemple en 1648), des hommes de lois (1684, 1712) et bourgeois de la ville (1755). »

Les auteurs évoquent le déclin qui se situe en général au XVIIIè siècle. Il est en général dû à l’affaiblissement du nombre de communs et donc à la difficulté croissante de faire fonctionner collectivement de tels grands domaines. 

 Survivance tardive.- En outre les contentieux juridique entre héritiers qui se sont multipliés au XVIIè siècle ont précipité les faillites communautaires. « La Révolution avec le code civil mettra un coup définitif à l’existence des communautés. » Mais l’esprit communautaire a perduré jusqu’à la révolution agraire des années 1960. Car le voisinage des fermes réveillait l’esprit communautaires au moment des grands travaux (moissons, battages, fenaisons, vendanges, énoisage, etc.) où dans un même espace, le voisinage s’assemblaient pour mener en commun les travaux d’une ferme à l’autre.  Des communautés ont réussi à passer le temps. Henriette Dussourd qui écrivait en 1962, évoquait alors en Montagne Bourbonnaise deux communautés, « celle des Dozolme-Chevalieras à La Chabanne ne fut dissoute qu’en 1930, sans histoire, par extinction, et celle des Ferrier à Escoutoux qui fut signalée comme la dernière et qui subsiste encore ».

 

Bibliographie: La vie quotidienne d'une communauté familiale agricole en Champagne berrichonne, par Monique et Bertrand Darnault, Alice Lyner Editions (mai 2011), 28 euros.

Par ailleurs on peu nne bibliothèque se reporter à l'ouvrage d'Henriette Dussourd intitulé Au même pot et au même feu..., imprimerie A.Pottier et compagnie, Moulins, 1962.

Par Bernard Stéphan - Publié dans : mémoire rurale
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Jeudi 21 avril 2011 4 21 /04 /Avr /2011 20:48

Pâques en Périgord selon Georges Rocal.- Retrouvé ce texte de l'abbé Georges Rocal (collecteur d'usages traditionnels en Périgord durant la première moitié du XXè siècle) à propos des usages de la Semaine Sainte en Périgord: "Les enfants portent des branches parées de sucreries, de faveurs, de fleurs, de guirlandes pailletées. Des tortillons y sont suspendus et des brioches à trois branches aplaties, nommées cornuelles à Périgueux et cournadèles à Bergerac. On préfère à Sarlat attacher des colombes, gâteaux en forme de poupées, dont les traits sont dessinés avec des grains d'anis." Georges Rocal ajoute qu'à Bergerac, vers 1885-1890, " les enfants enfilaient en cordées des sardinoux, minuscules poissons salés; ils se balançaient aux rameaux aussi nombreux que des feuilles; au lieu que les vieux accrochaient  de longues sardines qu'ils consommaient ensuite pendant la Semaine-Sainte." L'accrochage de tortillons et de cornouelles est également attesté par La Mazille (auteur collectrice d'usages culinaires en Périgord) qui en fait la description. On trouve les mêmes brioches à Lalinde (Dordogne), là elles sont appelées cornadelles.

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Photo: panière de cornadelles vendues dans une boulangerie-pâtisserie de Lalinde (Dordogne) en 2011. (Ph.B.S.)


J'ai connu les rameaux décorés à la messe des rameaux à Lalinde et même à Pontours (Dordogne) dans les années 1960. Le décor était essentiellement fait de "brillants", fragments de papier de chocolat et de petits poissons en chocolat. Les rameaux eux-même étaient de deux sortes, du laurier en fleur, laurier très odorant ou des buis. La messe des rameaux était suivie par les femmes et les enfants. Il s'agit en effet dans le pays de Lalinde et de Beaumont-du-Périgord d'une religiosité féminine épisodique dont la pratique est  marquée par les grandes fêtes religieuses.
Dans l'ouest de la Corrèze, à Ségur-le-Château, les boulangers fabriquaient les cornues, sorte de brioches à cornes que l'on dégustait en famille. J'ai retrouvé les cornues dans d'autres régions dont en Berry à Vierzon. 
Parmi les usages des Rameaux, de la semaine Sainte et de Pâques voici par ailleurs quelques éléments inventoriés en Périgord:
* usage de la crécelle pour appeler à la messe qui remplaçait le son des cloches qui disait-on étaient parties à Rome.
* dépôt d'un brin de rameau bénit dans tous les endroits des fermes, des potagers, au coin des champs, sur les ruches et sur les tombes.
* cuisson du gigot de mouton pour Pâques et de la fameuse anguille au dessert qui est un gâteau en forme de gros tortillon contenant des fruits ou une confiture épaisse.

 

Roulée des oeufs de Pâques.- Les vitrines des charcutiers du Berry renvoient à une tradition de bouches; le pâté de Pâques. On a pris l'habitude de cacher l'oeuf dans le pâté comme ailleurs on cache des oeufs dans les jardins. Cette place centrale de l'oeuf au moment de Pâques renvoie au vieil usage de la roulée commune à beaucoup de régions tant que la société fut agro-pastorale. On note dans les inventaires du folkloriste Arnold Van Gennep la mention de fête du bériot à Dun-sur-Auron (Cher) où les groupes de jeunes font la quête des oeufs et les font cuire pour obtenir des oeufs durs, rouges. Pour celà les oeufs sont bouillis dans une eau rougie avec des peaux d'oignons ou des lamelles de betteraves rouges. On retrouve l'usage des oeufs colorés dans le Bourbonnais voisin. Mais aussi en Sologne où Claude Seignolle a collecté de nombreux souvenirs d'oeufs teints cachés dans les parcs et jardins. Autre usage; on pratiquait beaucoup jadis en Berry la roulée que l'on connaît aussi sous le terme de rouletée. Il s'agit d'un jeu de boules qui se pratique avec des oeufs durs colorés. La piste du jeu était en général une prairie en pente. Les enfants jouaient aux boules avec ces oeufs et les mangeaient lorsque la coquille était cassée. Cette roulée pouvait donner lieu à de grands rassemblements de jeunesse, souvent fixés le lundi de Pâques, qui était un des rares jours chômés pour les garçons bergers et  pour les métayers des domaines de la Champagne Berrichonne. Seignolle cite le nom des villages de Presly et d'Ennordres dans le Cher comme étant des villages où on pratiquait activement cette roulée donnant lieu à des rassemblement de jeunesse. Il cite Blancafort où la fête prenait le nom de routelée. On me signale en outre qu'on roulait les oeufs dans le sud du Berry sur les communes de Vicq-Exemplet et Saint-Aout (Indre). L'usage est largement répandu dans les vieilles sociétés européennes. L'antropologue russe D.Z. Zelenin a pu observer la roulée des oeufs de printemps. Pour lui ce jeu de la période de Pâques "est sans doute en relation avec la magie agricole. C'est une fécondation magique de la terre et une allusion au mûtissement des semences" écrit-il en observant ce rite de sa Russie natale.

 

DSCN1242 Photo: le pain bénit tel qu'il est encore vendu sur les marchés de Bourges (Ph.B.S.)

 

Le pain bénit.- Parmi les usages encore en vigueur en Berry il y a la tradition du pain bénit , vendu sur les marchés berrichons. Il s'agit d'une galette non levée, légèrement sucrée qui se mange au dessert en accompagnement d'une confiture ou d'une crème pâtissière ou qui se consomme au petit-déjeuner.

 

Témoignage

 

(D'Estelle Bardelot, dans le Cher).   "Bernard Jamet, le maire du Châtelet-en-Berry se souvient qu'on appelait cela faire la manche parce la tradition voulait qu'on parte quêter les oeufs chez les voisins. C'était dans son enfance, au début des années 50 à Vicq-Exemplet (Indre). L'expression aller quêter les oeufs existait encore mais on n'allait plus les chercher chez les voisins mais on les prenait dans notre poulailler. Les oeufs étaient ensuite teints avec ce que l'on trouvait dans les jardins et on les faisait rouler le long d'une pente."

" Moi, témoigne Estelle Bardelot,  j'ai fait rouler les oeufs de Pâques sur le domaine de mes grands-parents maternels à Saint-Maur, entre Culan et le Châtelet (Cher). C'était entre 1980 et 1985, j'avais entre 5 et 10 ans. Ma grand-mère récupérait, le matin du lundi de Pâques, les oeufs dans le poulailler du domaine. Elle les faisait cuire soit avec de la pelure d'oignon pour qu'ils deviennent orangés ou avec de l'herbe ou des épinards ou du persil pour qu'ils deviennent de couleur verte. J'ai le souvenir d'oeufs bleus mais maman ne s'en souvient pas. Quand ils étaient cuits, nous allions sur une petite pente, juste devant le poulailler et nous faisions un jeu avec mon frère et mon cousin : nous nous mettions en haut de la pente, nous faisions rouler nos oeufs et nous devions descendre la pente avant eux pour les récupérer en bas. Ceux qui se cassaient pendant la descente étaient mangés sur place, les autres au déjeuner. J'ai du participer à ce jeu jusqu'à  10 ans environ (1985). En revanche, maman qui est née en 1950 ne se souvient pas avoir fait rouler les oeufs."

 

* Adressez-moi des témoignages d'usages dans vos régions pour enrichir cet inventaire.

 

 

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Par Bernard Stéphan - Publié dans : ethnologie
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Vendredi 1 avril 2011 5 01 /04 /Avr /2011 20:10

 

 

Têtaux, tétauds, trognes, ragosses.- On les appelle les arbres têtards ou têtaux ou trognards ou trognes ou arbres d’émonde ou arbres recépés. C’est une forme typique de l’évolution des arbres associés aux haies dans le Berry, mais aussi dans le Bourbonnais, dans le Morvan, dans le Limousin, dans les collines du Perche, dans la Bretagne intérieure (c’est la ragosse), dans le Val de Loire, dans la Flandre (la touse), etc. Les arbres têtards ne se limitent pas à ces régions, on les retrouvaient quasiment dans toute la France et dans une grande partie de l’Europe. Dans le Pays Basque français ce sont les chênes qui étaient ainsi émondés, on trouve des oliviers dans le Midi. Mais plus généralement ce sont les saules, les frênes, les charmes, l’ormeau,  l’osier qui sont les essences les plus communes pour cette pratique qui consiste à émonder tous les cinq ans environ (mais plus généralement tous les neuf ans) les branches de repousse pour laisser à nu le fût qui cicatrise et dont le recépage produit un moyeux rond, une sorte de tête ronde d’où son appellation de têteau ou trogne. Sur cette tête de nouvelles pousses vont apparaître dès le prochain printemps. Il s’agit d’une sorte de taillis aérien. Cette coupe avait au moins quatre fonctions : 1.- Se fournir en bois de chauffe et notamment en bois pour le four à pain. 2.- Se fournir en feuillage comme la feuille d’ormeau  qui était récoltée en guise de fourrage complémentaire  pour nourrir les animaux et particulièrement les volailles. 3.- Se procurer des tiges souples, type osier, pour lier ou tresser de la vannerie. 4.- Se procurer du bois d'oeuvre dur pour fabriquer des manches d’outils.  

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 La coupe était légèrement différente selon qu’il s’agissait d’une coupe sommitale ou d’une coupe d’émonde latérale. Au fur et à mesure des coupes, l’arbres en vieillissant devenait creux, ménageant en son coeur des espaces privilégiés pour les nids des oiseaux ou des petits mammifères. Ce micro-milieu naturel est généralement considéré comme un espace d’une riche biodiversité.  Il produisait par ailleurs, dans ce cœur un terreau particulier très recherché pour les semis.

On pourrait qualifier les trognes d’arbres paysans et de reliques d’une société agropastorale qui avait trouvé là le moyen d’une économie du bois dans un monde où une partie de la société paysanne n’y avait pas accès. La trogne est une astuce de contournement des codes et usages pour avoir accès à la récolte de bois dans une société rurale où la subordination sociale, avec le statut du métayage, était totale. Et en particulier le bois d'émonde qui était exclusivement réservé au métayer. C’est aussi le témoin d’une relation fidèle et de longue durée entre le paysan et l’arbre, l’un et l’autre ont un rendez-vous immuable au moins tous les cinq ans, mais plus généralement tous les neuf ans.

 

Dans le Berry, George Sand en a fait une description précise, ciselée, ethnologique. C’est ainsi qu’elle décrit le paysage de la Vallée noire de 1837 : « Grâce à des habitudes immémoriales, la vallée Noire tire son caractère particulier de la mutilation de ses arbres. Exceptés le noyer et quelques ormes séculaires autour des domaines ou des églises de hameau, tout est ébranché impitoyablement pour la nourriture des moutons pendant l’hiver. Le détail est donc sacrifié dans le paysage, mais l’ensemble y gagne, et la verdure touffue des têteaux renouvelée ainsi chaque année prend une intensité extraordinaire. Les amateurs de style en peinture se plaindrait de cette monstrueuse coutume ; et pourtant, lorsque, d’un sommet quelconque de notre vallée, ils en saisissent l’aspect général, ils en oublient que chaque arbre est un nain trapu ou un baliveau rugueux, pour s’étonner de cette fraîcheur répandue à profusion. »

 

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L’histoire paysanne montre que la trogne est souvent un substitut pour les interdits d’accès à la forêt pour les métayers ou petits  locaturiers des grands domaines. C’est que la trogne est un arbre de la haie, cette  clôture naturelle qu’on nomme la barade en Périgord, la bouchure en Berry. La haie est faite de multiples essences y compris des arbres fruitiers comme le cerisiers, le noyer, le merisier, le pommier de plein vent, sans oublier les mûres et les cormiers. Les baux de métayage prévoyaient précisément dans le charge du preneur une fonction de plantation et d’entretien de la haie en échange de quoi il en tirait le revenu des feuilles, des fruits, du petit bois, du bois d'émonde. Le bois de tête étant lui soumis à l'usage commun qui régissait le partage entre preneur et bailleur.

 

Le comte Jaubert, grand collecteur d'usage ruraux dans le centre de la France au XIXè siècle avait adopté la graphie suivante dans son glossaire: tétaud.

Un lecteur du Sancerrois dans le Berry m'indique que les têteaux "ne sont pas seulement associés aux haies, ils constituent dans les forêts, dans les bois, une forme de limite, de bornage certes moins précis que les bornes, mais aidant souvent à retrouver certaines des bornes."

 

 

* L'écrivain Gilles Lapouge dans son livre Le bois des amoureux publié chez Albin Michel en 2006 a ainsi évoqué ces arbres paysans: " Quelle horreur ces arbres mutilés ! C'est bien ainsi que la majorité de nos concitoyens considèrent aujourd'hui les trognes, émondes, arbres têtards et autres têteaux qu'ils voient dans nos paysages  ruraux ou urbains. Réaction bien naturelle dans une société où l'arbre est d'abord devenu sujet d'ornement et de loisir, confié aux professionnels du paysage ou aux gestionnaires de la forêt. L'arbre paysans, qui pendant des siècles, a offert sa ramure pour la subsistance de millions de personnes est un mal-aimé. Ses formes tourmentées et noueuses dénotent face à la noblesse de l'arbre forestier au tronc élancé et lisse; ses bourrelets disgracieux dérangent,  sa beauté sauvage, silhouette animale ou humaine inquiète. A l'ère de la taille douce, il s'oppose aux canons arboricoles actuels. Et pourtant, les trognes figurent parmi les plus vieux arbres d'Europe, comme si leur taille régulière et sévère prolongeait leur existence au lieu de l'abréger. Formidable réserve de biodiversité, marqueurs des paysages ruraux et urbains, "centrales" à production renouvelable... Elles commencent à retrouver une place récemment confisquée par une économie dispendieuse, inssouciante de l'avenir (...)"

 

Photos prises sur un chemin du Pays Fort (Cher) dans les collines d'Humbligny

 

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Par Bernard Stéphan - Publié dans : recherches sur le paysage
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Samedi 26 mars 2011 6 26 /03 /Mars /2011 19:40

 

Huit mots perdus... de Bassaquer à...Bigot

 

Bassaquer (v.).- Frapper très fort de manière incohérente. Dans un autre sens  bassaquée peut être employé comme nom commun féminin. S’emploie ainsi pour désigner la puissance d’un orage, d’une tempête ou de très fortes pluies. « Quelle bassaquée ! » C’est aussi, dans une autre acception la désignation d’un état de grande ivresse alcoolique : « Il tenait une belle bassaquée hier soir… »

 

 

 

La Basse-cour

Dans la ferme traditionnelle du paysan du plateau au sud de Lalinde, il n’y a pas de cour, mais une basse-cour. C’est un vaste espace sur lequel ouvrait tous les bâtiments d’usage agricole et d’usage domestique dont au premier chef la maison d’habitation. Sur la basse-cour donnaient les granges, les écuries, la bergerie, la porcherie, la volière, le séchoir à tabac, les clapiers, le four. C’est sur le pourtour de la basse-cour que s’édifiaient au fil des saisons le paillé, le tas de litière, la fagotière, les gerbiers dans l’attente du battage, le tas de fumier, les meules de betteraves. Un espace de cette basse-cour, nettoyé, balayé, en terre battue, était le sol, aire de battage tant pour la batteuse venant une fois l’an que pour l’usage du fléau qui perdura pour battre les fèves, les gesses et les haricots secs. En général un ou plusieurs arbres ombrent cet  espace qui est souvent ouvert sur les chemins et sur les champs. Les volailles y vont en liberté, elles grattent quotidiennement le sol, explorent, l’herbe n’y pousse pas, les chiens veillent au pas des portes, des treilles courent le long des façades, quelques antiques glycines aussi, un grand laurier-sauce et souvent un vieux buis et toujours un amoncellement d’outils, d’objets, balises du temps et des générations. Il y a très souvent une mare au milieu de la basse-cour ou à proximité.

 

Beleù ou bélèou ou bélèou be (adv.).- Peut-être. Forme occitane. Le mot était souvent employé dans sa forme occitane dans l’expression française. « Béléou bé » : peut-être bien.

 

 Bellisse (n.f.).- Ile dans la Dordogne. Les bélisses de Pontours en amont de Lalinde.

 

Bergade (n.f.).- Longue perche à l’extrémité ferrée qu’utilisaient les gabariers de la Dordogne pour propulser les gabarres.

Bernique (n.f.).- Femme maniaque. Se dit aussi pour signifier qu’on rentre bredouille. « -Alors cette pêche ? -Bernique ! »

Bêtes (n.f.pl.).- Ce sont les grosses bêtes domestiques, les bestiaux : vaches laitières, vaches de traits, bœufs et rarement chevaux. Ne s’applique ni aux moutons, ni aux volailles.


Bien (n.m.).- Propriété foncière. Parcelle lorsqu’elle est désignée comme la propriété appartenant à telle ou telle personne. « La vigne des termes est un bien de Jean. » Souvent on associait à la terre le cheptel lorsqu’on évoquait le bien. A Montferrand-du-Périgord on connaît précisément la richesse du cheptel de brebis des métairies du château en 1747. Les troupeaux étaient petits. A la métairie de La Meytaderie il y avait un troupeau de vingt-trois brebis, à la métairie de Bois Blanc le troupeau était de vingt-cinq têtes.

 

Bigot (n.m.).- Petite houe à deux dents légèrement courbes pour sarcler les légumes dans les jardins potagers ou plus généralement les plantes sarclées. Nom impropre de la tranche.   « Au bigot le bêchage, cet outil pesant à deux dents. »(Marie ROUANET, Luxueuse austérité)

 

A suivre... ( tous ces mots sont collectés dans la vallée de la Dordogne en Périgord et dans les communes du sud Dordogne)

 

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Par Bernard Stéphan - Publié dans : traditions orales
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Mardi 8 mars 2011 2 08 /03 /Mars /2011 20:40

Les feux pour chasser le vieil l'hiver.-  Le premier dimanche du carême 2012, dimanche 26 février, ou dimanche de Quadragésime, est aussi le dimanche des brandons ou des bordes ou dimanche brandounnier. Une fête du feu, jadis vivace dans de nombreux terroirs et que l’on célèbre encore  (le  dimanche 26 février) à Issoudun (Indre) grâce à l’association La Rabouilleuse. Mais aussi avec une semaine d'avance le samedi 18 février 2012 à Billy-sur-Oisy dans le Haut-Nivernais  avec le grand feu sur la place publique. Le samedi 25 février c'est la commune de Château-sur-Allier (Allier) qui fera périr carnaval dans les flammes à la tombée du jour sur les hauteurs de la ferme d'Embraud qui domine la rivière Allier. C'est près de Sancoins (Cher) dans le Berry, et c'est organisé par une association de maintenance d'arts et de traditions paysannes La Chavannée avec bal nocturne et dégustation de gourmandises de saison comme les bignons, les roûties au lard et le vin de riousse. Cette fête  a aussi été relancée en 2011 à Sagonne (Cher) même si on n’a guère été fidèle quant à la date. On dit ici qu’on fête « la disparition du Vieil hiver ».

Jadis en Berry, ce dimanche-là (le premier du Carême), on allumait les brandons ou chalibaudes

Le dimanche des brandons suit de près Carnaval, il marque à la fois la fin des festivités de la très longue période du cycle de Noël et le début de la période d’austérité imposée traditionnellement dans la religion chrétienne par le Carême. La tradition des bordes a été plus ou moins vivace selon les terroirs. Elle était marquée par des processions au cours desquelles les participants portaient des torches en processions rituelles. Des feux appelés « chalibaudes » étaient allumés dans les villages, à l’instar des feux de la Saint-Jean d'été donnant lieu à des rassemblements, des rondes chantées, des sarabandes et des danses dans la nuit.

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Photo: bugnes telles qu'on les fabrique encore en 2012 et telles qu'on les vend à Clermont-Ferrand en Auvergne pour Mardi Gras et pour les brandons.


 Cette fête christianisée serait forcément un héritage de fêtes plus anciennes, peut-être gauloises, la fête de Beltaine. Il s’agit d’honorer le feu purificateur qu’allumaient les druides au cœur de l’hiver. C’est un feu de protection contre les prédateurs, les maladies et le mauvais sort. C’est devenu, notamment dans le Berry, la Marche Limousine et le Bourbonnais, une fête agraire qui voulait conjurer les mauvais effets de l’hiver et anticiper le printemps. Et sans doute par bien des égards c'était une fête d'espérance. Les porteurs de torches devaient ainsi défiler dans les vignes, les champs, les vergers pour, avec le feu, conjurer les intempéries et les parasites. Dans les terroirs à fortes pratiques superstitieuses on fabriquait des croix de paille plantées aux carrefours auxquelles on mettait le feu. De même il était d’usage d’entourer certains troncs d’arbres de boudins de paille et d’y mettre le feu. On peut supposer que le feu avait ici une fonction prophylactique. Dans la Vallée noire en bas-Berry on entourait d’anneaux de paille de froment les arbres fruitiers. Anneaux censés faire fuir les larves d’insectes et de parasites. L'ethnologue Daniel Bernard, spécialisé sur les usages du bas-Berry, parle d'un " rite de purification " (2). En Auvergne ces usages ont été recensés au début du XXè siècle par le Docteur F.Pommerol qui a ainsi consigner les pratiques. (lLire par ailleurs).

 

Poupées de paille à Issoudun.-

 

La Rabouilleuse d'Issoudun indique que la fête traditionnelle a disparu dans la décennie 1950. Et l'association apporte les précisions suivantes sur le déroulé du rituel tel qu'il était pratiqué dans cette petite ville du département de l'Indre:   "Les feux de brandons issoldunois étaient de grands bûchers élevés autour d'un mât central constitué par un entassement de matière très combustible ( paille, sarments de vigne, petits bois, mauvaises herbes, etc.) au-dessus duquel les jeunes gens secouaient, "brandounaient", des perches enrobées à leur extrémité d'une poupée de paille simple ou en forme de croix. Le mât central portant souvent à son extrémité un mannequin nommé "la vieille", "bonhomme Carnaval" ou "Guillaume" qui devait bien sûr brûler avec l'ensemble. Le cumul de ces rites autour d'un simple feu de joie, tous les ans, chaque premier dimanche de Carême, jusqu'à l'époque de l'extinction de cette tradition, dans les années 1950, semble être l'aboutissement de l'évolution d'une très vieille coutume païenne remontant à la nuit des temps. Brandons mobiles devenus brandons fixes et disparition de la vieille année."


C’est une fête qui ne fut pas exclusivement rurale. On la retrouve dans certains quartiers de Châteauroux en 1920 où, à la nuit tombée, la population allumait des feux pour y pratiquer des rassemblements festifs similaires à ceux de la saint Jean d’été.  La sarabande des brandons se terminait en Berry par un repas familial où les participants consommaient certaines pâtisseries typiques. Ce sont ici les beignets aux pommes, les crêpes de blé noir dans la Marche, les galettous dans le nord Limousin, les sanciaux ou chanciaux en Sancerrois, les bugnes en Auvergne. C’était l’ultime avatar de Carnaval qui autorisait encore quelques friandises de bouches, des licheries disent les berrichons, avant la longue période du jeûne du Carême.

On retrouve les brandons fixes (grand feu de joie) et les brandons mobiles (procession avec les torches) dans de très nombreuses régions de France. Au XIXè siècle c’est une pratique très commune. Dans la région de Saint-Omer on courait les champs avec une torche de paille enflammée au bout d’une perche, les accompagnateurs dansaient, chantaient, invoquaient une bonne récolte. L’ethnologue Arnold Van Gennep avait relevé des usages de brandons mobiles vers Bangy-sur-Craon et Léré dans le Cher en Berry. Il signale le grand feu de paille allumé par les jeunes des villages en Luchonnais dans les Pyrénées et aussi dans le Dauphinée où, la foule rassemblée, dansait le Rigaudon. Dans la Nièvre, dans plusieurs villages, sont attestés les allumages des feux par les mariés de l’année. On retrouvait ces feux dans la vallée de la Bruche en Alsace. Claude Seignolle a recensé cette pratique vivace dans les villages de la Sologne. 

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La ritualisation de la fête des brandons se concluaient par une fête communautaire avec danses, sarabandes,  accompagnées de chants ou de formules incantatoires pour chasser maladies, tempêtes et nielles (mauvaises herbes). Le folkloriste et collecteur berrichon Laisnel de la Salle a ainsi transcrit une de ces ritournelles : « Sortez, sortez mulots/Ou je vais vous brûler les crocs/Quittez, quittez ces blés/Allez, vous trouverez/Dans la cave du curé/Autant à boire qu’à manger ». Le bûcher, les formules, confèrent aux brandons un caractère magique qui renvoie aux superstitions liées au feu, propres à toutes les vieilles civilisations. Les brandons, par goût du festif et du bonheur d’être ensemble, retrouvent quelques vivacités depuis quelques années. Ainsi le  18 février 2012 le feu des brandons a été rallumé sur la place publique à Clamecy (Nièvre). " La tradition veux que ce soit le ou les couples de mariés de l'année qui allument le feu. Or, en 2011 il n'y a pas eu de mariage dans la commune. Faute de mariés, c'est la doyenne, R.N., âgée de 85 ans qui s'est chargée de cette mission", a raconté dans sa chronique locale Le Journal du Centre, quotidien régional de la Nièvre.

En Auvergne la description qu'en fait le Docteur Pommerol (1839-1901, collecteur, folkloriste auvergnat) renvoie à une variante hivernale de la Saint-Jean d’été. « En Auvergne, dans chaque village et même dans chaque quartier, sur les hauteurs ou dans la plaine, dans les petits hameaux comme dans les fermes isolées, on allume le soir, à nuit close, un feu de joie ou figo. On danse, on chante autour ; on saute par-dessus, en traversant les flammes. On procède en même temps à la cérémonie de Grannas-mias. La Granno-mio est une torche de paille qu’on emmanche sur une latte de bois plus ou moins longue. Quand le figo est à demi consumé, les assistants allument à la flamme mourante les grannas-mias. On les porte à la main et on se rend dans les vergers voisins, dans les champs, dans les jardins où sont plantés les arbres fruitiers (…) En certains villages, on court à travers champs et on secoue sur les terres ensemencées la cendre des torches allumées. »

Anne-Christine Beauvalia (4) évoque même un usage d'affirmation de séduction à la vue de la communauté qui se pratiquait dans l'Auvergne de la Haute-Loire: "Dans quelques localités de la montagne, à Cistrières (Haute-Loire) en particulier, au moment de quitter la fête, chaque garçon, couvrait d'un mouchoir la figure de sa jeune amie. Symbole d'origine chrétienne impliquant un reconcement à toute joie profane et charnelle pendant la période du Carême."

Il y a un autre sens à cette fête. Elle est évoquée par l'anthropologue Nadine Crétin (3) qui parle d'un " rite purificateur, mais aussi d'une sarabande qui rapproche les jeunes gens." Et c'est bien cette fonction sociale du charivari des brandons et en particulier des brandons mobiles (torches portées) par opposition au brandon immobile qui est un feu rituel sur la place du village ou au carrefour des chemins. Les brandons mobiles sont toujours portés par les jeunes d'une génération, garçons et filles, qui courent joyeusement dans la nuit, dans les champs. II y a incontestablement un acte de jeu et de rapprochement à l'instar du bal de la vote dans le Périgord ou de la roulée des oeufs pratiquée par les bergers et bergères en Berry ou des jeux de Carnaval. Un exemple est rapporté d'un usage à Long-Pré-les-Saints (Somme) où la société de jeunesse dansait et quittait la ronde pour partager le vin apporté par les garçons et les gateaux apportés par les filles. Avec un geste de rapprochement très symbolique: chacun buvait dans le même et unique verre.

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La fête de la fertilité

 

Cet usage est très ancien puisqu'on le retrouve loin au Moyen-Age. L'historien italien Carlo Ginzburg (*) qui reste le grand spécialiste de la micro-histoire des rites a analysé ce qu'il désigne sous l'appellation générique de charivari ou fête débridée des groupes de jeunesse dont il a repéré la première mention écrite en 1316 (1). Il trouve dans le Piémont italien (son aire d'étude privilégiée) des groupes constitués appelés "abbayes" qui étaient organisés selon le moièle militaire. "Dans le Piémont les abbayes des jeunes célébraient de fausses batailles avec épées et bâtons à certaines périodes de l'année. Ailleurs les bagarres accidentelles entre groupements de jeunes prenaient des formes curieusement rituelles. Les abbayes étaient souvent associées à des fêtes qui visaient à assurer la fertilité des champs et des mariages comme celles les Brandons qui avaient lieu le premier dimanche de carême - c'est à dire durant les Quatre Temps du printemps.- Le jour de la Toussaint, en outre, elles avaient la tâche de sonner les cloches pour les aïeux morts." Il renvoie également à une tradition plus large du charivari traduisant une bataille collective pour la fertilité, contre la nuit, contre l'hiver, passant par une transgression à l'ordre établi. Plusieurs textes anciens qu'à analysé Ginsburg montrent que les groupes juvéniles "quatre fois l'an, durant les Quatre Temps, se rendaient la nuit, combattre en esprit, armées de branches de fenouil, les sorcières et les sorciers armés à leur tour de cannes de sorgho. L'enjeu du combat était la fertilité des champs."


 

 

 

 

(*) Ces derniers ouvrages ont été publiés en France aux éditions Verdier: Mythes emblèmes traces (2010), Le fil et les traces (2010)

(1) L'historienne Martine Grinberg qui a été une élève de Jacques Le Goff, chercheuse au CNRS sur les coutumes d'Ancien Régime situe les premières mentions des charivaris au début du XIVè siècle. Elle cite comme texte source majeur et premier le Roman de Fauvel (comme chez Ginzburg), texte satirique du début du XIVè siècle qui dresse un état de la société féodale sous le règne de Philippe Le Bel.

(2) Daniel Bernard dans Paysans du Berry, Editions Horvath.

(3) Nadine Crétin dans Fête des fous, Saint-Jean et belles de mai, Editions du Seuil.

(4) A.-C. Beauviala et N. Vielfaure dans Fêtes, coutumes et gâteaux, Editions Christine Bonneton.

 



Par Bernard Stéphan - Publié dans : ethnologie
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Dimanche 20 février 2011 7 20 /02 /Fév /2011 20:05

 

Fonction des granges ovalaires et maisons-granges.- Ceci est l'exemple d'une architecture vernaculaire typique des confins de la Corrèze, de la Dordogne et de la Haute-Vienne dans le pays arédien. Les granges ovalaires sont majoritairement (aujourd'hui) recouvertes de plaques de taules ondulées. Leur nombre était important à la fin du XIXè siècle. Ainsi par exemple on a dénombré les traces (via les plans cadastraux notamment) de deux cents granges ovalaires sur la commune de Payzac (Dordogne). Il n'en reste aujourd'hui qu'une vingtaine. Lorsque la couverture végétale, chaume, paille de seigle,  a disparu au milieu du XXè siècle, la couverture d'urgence qui a été mise en place est celle des taules. Peu esthétique, mais seule solution pour sauver les granges, sinon elles seraient toutes détruites aujourd'hui.

La grange a un plan ovale (toiture et clos)  typique qui présente en général un relèvement sur une façade où est aménagée l'entrée ou passage charretier.
                                         Cette architecture des granges ovalaires est à préciser dans sa fonction. En effet la grange ovalaire était d'abord un espace de stockage du foin, avec un vaste fenil sous comble. Le rez-de-chaussée ou clos, était divisé en alvéoles ou compartiments à fonctions multiples.  Avec probablement l'étable pour les bovins, la bergerie, la porcherie, le poulailler ou basse-cour, la réserve de bois, le stockage de racines pour les aliments du bétail. Plusieurs observateurs indiquent que certaines granges  ont pu aussi abriter le logement sommaire d'une famille de métayers. Les différents compartiments sont accessibles depuis l'extérieur. La grange ovalaire a une fonction d'espace total de la ferme traditionnelle, l'espace central ou nef peut être aussi un lieu de réunion où est dressée la table les jours de grands travaux ou pour la noce ou le déjeuner d'un baptême. C'est aussi dans cet espace que la jeunesse organisait les bals familiaux traditionnels avec venue d'un musicien routinier.  C'est dans l'espace central qu'on recule les charettes chargées de foin en été.

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                                                              Les granges ovalaires du Périgord-Limousin ne sont pas sans rappeler les granges pyramidales du Pays-Fort dans le Berry. Architecture proche, division de l'espace assez identique, fonction de ferme totale.
Les granges ovalaires visibles aujourd'hui ont toutes été construites à partir du début du XVIIè siècle et avant l'extrême fin du XIXè siècle. Il n'y a pas eu de construction au XXè siècle.

Sur la commune de Saint-Eloy-les-Tuileries en Corrèze, pas loin du Périgord, une opération de sauvetage d'une grange ovalaire et plus largement de la totalité de la ferme est en cours. C'est au hameau de la Rivière dans le Pays de Saint-Yrieix-la-Perche. Ce témoin de l'architecture paysanne construite en 1756, est en passe ici d'être sauvé par une opération exemplaire de reconstruction et de restauration (maçonnerie des murs portants, charpente, planchers) qui bénéficie d'importants financements publics. 
Au stade actuel, les grands éléments de la grange ont été restaurés, seule la toiture attend son habillage de chaume de seigle. D'où la protection actuelle avec un film en plastique blanc (voir photo ci-dessus). Cette grange doit s'insérer dans un projet plus large d'écomusée en pays Arédien qui doit montrer le lien entre l'usage et le lieu, mettre en évidence les conséquences d'un espace sur  les usages agraires et communautaires. On peut d'ailleurs s'interroger sur ce qui a pu primer... Ainsi qui a été à l'origine de l'espace ou de la communauté paysanne ? L'usage a-t-il imposé un espace ou l'espace a-t-il finalement imposé l'usage ?
                           En  architecture, les granges ovalaires sont aussi appelées granges à cruck. Par allusion à cette technique de charpente repérée pour la première fois dans les construction rurales du nord de l'Ecosse. Le cruck est un arbalétrier d'une seule pièce qui part du sommet du faîtage et descend quasiment à la base des murs. Le système a cruck permettait de développer de grandes charpentes, mais il n'assurait pas une portance très forte. Il était très adapté à des toits de chaumes tels qu'ils ont ainsi recouvert les granges ovalaires à l'origine. Le toit à cruck ne supporterait pas de toitures en tuiles ou en ardoises, beaucoup trop lourdes.

 Dans le Berry la grange pyramidale du Pay-Fort rejoint la grange ovalaire du Périgord-Limousin avec quelques nuances. C’est ainsi qu’une des granges sur la commune de Villegenon (Cher) comportait un espace de vie. C’est l’historien de Bourges Pierre Bailly qui a dressé le relevé de cette grange dite maison-halle de Villegenon, ou maison carrée de Villegenon, aujourd’hui disparue. La pièce de vie ou pièce d’angle comportait une cheminée et deux petites fenêtres. Ce n’est évidemment pas surprenant, la plupart des maisons de métayers, quel que soit le terroir étudié, ne comportaient que la pièce unique à multifonction.

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Grange pyramidale de Vailly-sur-Sauldre (Cher), reconstruite à l'entrée du bourg.


On trouve des variantes de maison-halle dans d’autres régions. C’est ainsi  que le tome V (1981) de la revue L’architecture vernaculaire, fait état de la Maison-Halle de Montcaret en Gironde. L’auteur de l'article, Christian Lassure, expose son étude ainsi :

« Dans son précieux ouvrage La maison de l’ancienne Lande, Pierre Toulgouat fait remonter l’aire de dispersion de ce qu’il appelle la maison landaise –et qui n’est qu’une variante couverte en tuiles-canal de ce que les européanistes dénomme maison-halle- depuis les Landes et à travers la Gironde et le Lot-et-Graonne jusque vers Sainte-Foy-la-Grande dans le sud-ouset du département de la Dordogne. Ce témoignage rejoint celui de Gwyn I.Meirion-Jones, dans son étude L’architecture vernaculaire et la maison paysanne, signale, pour Moncaret, l’existence de deux monographies de maisons-halle réalisées dans le cadre du chantier E.A.R. dans les années 1940. Il s’agit de maisons de polyculteurs où l’élevage tenait une grande place à côté d’une petite activité agricole. »

 

Le même volume de L’Architecture vernaculaire (page 57) évoque le cas d’une maison-halle en Berry sur la commune de Levroux (Indre) au lieu-dit Saint-Phallier.  Les auteurs estiment probable l’existence dans cette grange-halle d’un espace de vie qualifié de petites chambres demeures.

 

On perçoit bien dans tous les cas que le bâtiment a une fonction totale. Il clot dans un même espace bêtes et gens, fonction familiale et agraire, il cerne l’espace intime et espace social et dans le cas probable du paysan-métayer, il détermine un espace d’encadrement et de contrôle fort des cellules familiales au service des maîtres. Il a donc une fonction pratique et rationnelle, économique au sens où il économise l’espace et les distances, il cerne, relie et fixe. Il organise toutes ces fonctions sous un même et unique toit. C’est donc bien la ferme totale qui est représentée par la halle qu’elle soit pyramidale, ovalaire ou maison-halle. Dans le cas de ces maisons ou granges, on a rapproché au maximum l'espace d'habitat de l'espace de production au point de les confondre. Le géographe Albert Demangeon (Les Maisons des hommes de la hutte au gratte-ciel, Paris, Editions Bourrelier) a même parlé de "maison outil" pour qualifier cet espace interpénétrant entre la fonction familiale et la fonction de production. Cette architrecture a-t-elle pu avoir une influence sur le statut du bien familial ? En effet on imagine mal que la grange pyramidale ici ou la maison-halle ailleurs puisse être partagée. Cette architecture induit forcément une unité successorale supposant un transfert du bien vers un unique héritier ... Ajoutons une autre originalité de ces maisons paysannes à opposer aux fermes à multi-bâtiments, comme on les rencontre dans les domaines de la Champagne Berrichonne ou dans le cas des bories du Périgord. Ici le lieu est unique, fermé sous toiture, il n'est en rien flexible, il est construit une bonne fois pour toute sans rajout possible. Il est important en revanche d'associer à ces bâtiments l'espace de l'environnement immédiat. On note dans le Berry la présence d'une aire proche, souvent en front de l'entrée charretière, qui était l'aire de battage des céréales.

 

 

L'originalité de la grange à cruck ou grange ovalaire

 

Extrait d'un exposé de Patricia Gaillard-Bans "Aspects de l'architecture rurale en Europe occidentale"

 

L'idée de base de la cruck-construction est de réaliser une infrastructure en bois à l'aide d'arbalétriers courbes assemblés à leur sommet en général par un petit entraint sans grande force de traction ou même avec un faux-entrait. Le poids de la couverture se trouve donc directement reporté vers le sol par les arbalétriers, les murs, du moins leur partie supérieure, ne jouant plus qu'un rôle de paroi. Tant pour assurer la stabilité du système que pour faciliter la circulation, on utilise les arbalétriers courbes, souvent formés d'un arbre entier et qui donnent à la charpente une curieuse allure d'ogive. La base de ces arbalétriers repose soit dans le sol, soit sur un dé de pierre (qui préserve le bois de l'humidité), soit encore dans la partie basse des murs (...)

On peut tout au plus penser qu'indépendamment de toute explication ethnique la cruck-construction apparaît sur les granges et les maisons, seulement là où une très forte tradition de la maison longue subsistait.

 

* Je recherche des témoignages et documents sur les usages sociaux autour des granges ovalaires du Périgord-Limousin.

Il existe un beau site très documenté présentant avec forces infographies l'architecture vernaculaire des granges ovalaires. Ce site à consulter est le suivant: content.yudu.com

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Par Bernard Stéphan - Publié dans : recherches rurales
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