Présentation

  • : Periberry
  • periberry
  • : Culture
  • : Ethnologie, Berry, Périgord, Bourges, Bergerac, Dordogne, Loire, tradition orale, mémoire paysanne, recherche sur le paysage, randonnées pédestres en Auvergne et Pyrénées, contes et légendes, Histoire.
  • Recommander ce blog
  • Retour à la page d'accueil

Derniers Commentaires

Calendrier

Novembre 2009
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30            
<< < > >>

Rechercher

Pour commencer...

Bien regarder tout ce qui n'est pas visible du premier coup d'oeil lorsqu'on marche dans un paysage. On pousse la porte et on regarde autrement....
Dimanche 1 novembre 2009

De Toussaint à Halloween.- Si le mot Halloween est d’un apport récent, on a usé et abusé des sorcières et des citrouilles depuis bien longtemps en Berry. L’usage des citrouilles creusées, percées de trous pour suggérer des yeux, et éclairées de l’intérieur d’une bougie, est connu en Berry depuis le XIXè siècle. George Sand dans sa collecte des pratiques ancestrales raconte bien ces coutumes, souvent le fait des enfants ou des groupes de jeunesse. Un décor hanté forcément par les birettes, êtres humanoïdes sous leurs draps blancs fantomatiques, les fadets ou les fameuses fadettes du bas-Berry, farceurs de taille minuscule glissant plutôt qu’ils ne courent sur la mousse des sous-bois, les lupins ou lutins, eux aussi petits êtres étranges, barbus, portant chapeau et tambourinant à la lisière des grandes forêts du Berry. On ajoute les fées, les hures (variante locale du loup-garou) qui errent la nuit, la grand’bête comme son nom l’indique, les lavandières, âmes des revenants qui se lavent à minuit quand brille haut la lune, la cocadrille, lézard peu ragoûtant jadis dit-on porteur de la peste. Toussaint marquait aussi jusqu’au milieu du XXè siècle une césure dans le calendrier agraire. Avec notamment le paiement des fermages, le déménagement des métayers changeant de domaine ou l’entrée en louée d’hiver dans les domaines agricoles de la Champagne berrichonne ou la sortie des journaliers des louées d’été. Cette date de changement de baux n’est pas là par hasard, c’est en effet à Toussaint que toutes les récoltes de l’année sont rentrées. Toussaint est aussi marqué par le rituel religieux de la fête des morts, passage familial au cimetière, fleurissement des tombes et repas qui ont remplacé, et christianisé, l’ancienne fête des morts des Celtes. Et déjà, ils disposaient autour de leurs villages des lanternes. La bougie dans la citrouille n’est que la lointaine héritière des lampes des morts des celtes.

Je recherche les usages particuliers de Toussaint dans le Périgord et dans le Berry.

Par Bernard Stéphan - Publié dans : traditions orales
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Dimanche 1 novembre 2009

Les migrants des hautes chaumes.- J'ai fait une récente escapade dans les monts du Forez. Pour y  découvrir ce vieil usage renaissant des fermes d'en-haut. Le paysage est marqué par les fameuses hautes chaumes. C’était au milieu de l’automne. Les bosquets de sorbier des oiseleurs étaient rouges de

leurs baies, pour séduire les grives. Ici le vent coule à pleines goulées… On est dans les terres d’en haut. Quelques grandes bâtisses, en général aux toits pentus couverts de chaumes, sont autant de balises de ce monde là. Ce sont les jasseries.Fermes d’en haut, halte des transhumances estivales, elles furent longtemps l’exutoire d’un monde paysan à la très forte démographie. Jusqu’au début du XXe siècle quand venait la Saint-Jean, ceux des fermes d’en bas, avec troupeaux de bovins, mais aussi chiens, volailles, cochons, charrettes, prenaient les sentes pour migrer vers les fermes d’en-haut.


Pendant quatre mois vivraient
là femmes et enfants, quelquefois les g
rands-parents. Pendant ce temps, les hommes feraient tourner la ferme d’en-bas.Ils montaient le dimanche, portant le pain, un  peu de sucre et les nouvelles. Ils redescendaient avec le beurre d’estive, juste baratté, enveloppé dans des feuilles de choux, à la fraîche du matin, pour le vendre sur les marchés d’ Ambert, de Saint-Anthème ou de Thiers.

On a failli perdre l’âme de ce paysage, jusqu’à son souvenir. Avec les hémorragies des deux grandes guerres, l’estive s’est oubliée, les  jasseries fermées et, comme partout, les jeunes ont fui la haute vallée de l’Ance ou les petites fermes de la Dore.


La création du Parc Naturel Régional Livradois-Forez, en 1986, a finalement participé à un renouveau.

Cet exemple me conduit à poser des questions sur ces usages des fermes d’en-haut et des fermes d’en-bas. Il est ici particulièrement formalisé avec ses rituels et cette migration des femmes, des enfants et de la dernière génération dans l’estive. J’avais rencontré un village typique d'un usage similiare de migrations agro-pastorales dans les Pyrénées avec les fameuses fermes de Moudang, mais je ne sais pas si les familles migraient dans leur totalité ou seulement en partie.

Contrairement à une première approche il ne semble pas que la vie à l’estive était facile. Elle était en effet soumise à des aléas climatiques rudes, à un travail de force et à un isolement qui renvoyait chaque famille à une très grande solitude.

Il serait intéressant ici de faire partager quelques témoignages sur ces vies éclatées.

 

 

Par Bernard Stéphan - Publié dans : mémoire rurale
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Jeudi 24 septembre 2009

 

Les louées d'autrefois et la condition des domestiques.-

Qui peut apporter une contribution à la connaissance des  anciennes louées paysannes et à l’explication des rapports sociaux symbolisés par ces louées ? On sait qu’il y avait chaque année deux louées saisonnières des journaliers, domestiques saisonniers, femmes de maisons, femmes de fermes. La première louée réclamant davantage de technicité et de force intervenait à la saint-Jean. On louait alors les bras d’été pour la saison qui mènerait jusqu’à la Saint-Martin. (On signale même des louées des femmes en Berry réunissant les filles et femmes de maison). La seconde louée de la Saint-Martin recrutait le personnel pour l’hiver et le printemps. Cette tradition d’échange des forces de travail ; va perdurer au-delà de la guerre de 1939-1945. Un témoin du Berry m’a confirmé que la louée existe à Issoudun jusqu’à la fin de la décennie 1950. On y recrute alors encore les laboureurs et les fameux bricolins qui soignent les bêtes dans les grandes fermes de la Champagne berrichonne. On se loue tant qu’on n’a pas la propriété de la terre.


Etait-ce une louée des femmes de maison ainsi représentée sur un tableau de Fernand Maillaud montrant ces jeunes femmes portant la coiffe du dimanche, sur la place de Nohan-Vicq (Indre), le village de George Sand, au début du XXè siècle ?...

A l’instar de cette cohorte de petits métayers du Boischaut, du pays Fort, du bas-Berry, de la Marche mais aussi plus au sud du plateau du Périgord qui envoie ses filles et fils aux louées. Le système du métayage va résister en Périgord jusque dans l’Entre-deux-Guerres et jusqu’au lendemain de la seconde guerre mondiale dans le Berry. On constate que tous les terroirs viticoles vont grandement souffrir du phylloxéra et de ses conséquences à la fin du XIXè siècle, ce qui entraîne un chômage de masse chez les journaliers et commis, des migrations, notamment vers Orléans et Paris depuis le Berry, vers le pays bas du Bordelais depuis le Périgord, mais aussi vers le Nouveau Monde. Une idéologie dominante avait instauré un ordre rural d’accueil des enfants des métayers et des premiers commis ou bricolins comme bras loués  chez le maître et dans les domaines du maître. On ne rencontre pas d’ailleurs ou que tardivement une conscience des luttes sauf dans le milieu particulier des bûcherons et des travailleurs des forêts. Dans le courant du XIXè siècle les travailleurs des forêts deviennent un groupe actif des campagnes et sont à l’origine de la première conscience de classes dans la paysannerie du Berry. On voit naître le syndicat des bûcherons des grandes forêts Berrichonnes avec les premières grèves dans les coupes. Mais on est loin des louées et des journaliers des fermes pas ou peu sensibles à cette prise de conscience.

Du côté des journaliers et petites mains des domaines, la prise de conscience est tardive et timide. Le lien de fait entre les familles de métayers et les maîtres par l’embauche des enfants aux louées a créé une situation de dépendance exprimée par une véritable domination du notable sur « ses gens ». Les premiers laboureurs, les premiers vachers ou les régisseurs n’étant que les relais de ce système. Et pour en assurer la pérénité et la transmission, les jeunes gens et jeunes filles qui se louaient la première fois étaient parrainée sur le champ de foire de la louée par leur père ou mère. Garçons et filles portaient un fleur ou un épis de blé au chapeau ou au corsage pour bien indiquer leur disponibilité.

Il est clair que les journaliers agricoles, souvent sans travail, sont les premiers à fournir les bras de l’industrie naissante du Berry dans les bassins de La Guerche, d’Ivoy, de Vierzon, de Lunery et là  va émerger une forte conscience des luttes née probablement de ce passé. C’est vrai dans le Périgord avec les moulins à papier de Couze, les usines de Couze et celles du bassin du Lardin.

Ces louées ou « foires aux domestiques » entretenaient un lien de dépendance tel qu’elles vérouillaient tout système revendicatif. On ne sait pas en revanche s’il y avait un accord du niveau de rémunération entre les employeurs... Et si les domestiques ont à un moment ou à un autre  revendiqué.

Par Bernard Stéphan - Publié dans : mémoire rurale
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Vendredi 28 août 2009

 Dans les gorges de l'Auvézère.- Dans les Gorges de l’Auvézère en Dordogne les  bâtiments rénovés de la papeterie de Vaux témoignent de cette activité industrieuse qui a marqué cette région dite du « Haut-Périgord » dans la seconde moitié du XIXè siècle siècle et la première moitié du XXè. On n’est pas très loin de la forge de Savignac-Laidrier témoin très typique de l’activité des forges dans ces cantons. C’est à quelques encablures sur l’Auvézère et sur son affluent le ruisseau de Belles Dames que se dressent ces immenses vaisseaux oubliés et réhabilités ces dernières années comme témoin d’une activité. J’ai souvenir d’un grand-oncle naît à Saint-Yrieix-la-Perche d’une famille nombreuse, qui s’était embauché un peu avant la guerre de 1914 comme commis à la forge de Savignac. Il s’y rendait à pied, la besace pour tout viatique, dormant dans la cambuse réservée aux commis à quelques pas de la halle au charbon, sous la falaise portant, fier, le château des Combescot les maîtres de forges. Cet oncle bavard ne manquait d’évoquer la dureté du travail, la rareté des loisirs, la maigreur de la paye, la rusticité de la pitance et la pauvre vie d’alors des manouvriers et autre ouvriers des forges.


Pauvreté et dureté que l’on retrouve à moins d’une lieue à Malherbeaux et à Vaux. A Malherbeaux (le site aujourd’hui privé ne se visite pas) on fabriquait directement la pâte à papier. Transporté en charrettes tirées par des bœufs de race salers jusqu’à Vaux, là était la papeterie où la pâte était transformée.

Cette papeterie de Vaux a pris place à la fin du XIXè en lieu et place d’une forge. On y fabriquait le papier d’emballage pour la boucherie, la charcuterie, les bananes de Madagascar, les pointes et clous de quincailliers, etc. Papier issu d’une pâte végétale produite à partir de la paille de seigle. Nous sommes ici dans les terroirs pauvres du Périgord cristallin adossé au Massif Central. Les hauts plateaux de ce pays des confins aux carrefours du Périgord, de la Corrèze et de la Haute-Vienne n’ont alors qu’une agriculture pauvre de petits pâturages et de parcellaires étroits sur les pentes. On y cultive le seigle et le sarazin. Céréales à récolte tardive, dernières récoltes de fin d’été. Le seigle avait ici sa double fonction et double promesse de récolte. Le grain pour les bêtes ou pour produire un pain gris et la paille pour le couvert des toitures des granges ovalaires ou pour la pâte de Malherbeaux et le papier de Vaux.

Autour des grandes toitures de Vaux dressées dans les gorges de l’Auvézère et dans les hameaux des collines s’étend ce terroir de forêts, d’emblavures étroites et de fermes aux granges ovalaires souvent aujourd'hui recouvertes par des tolles métalliques, un privisoire qui dure... C’était donc bien le pays du seigle.

Il existe à Vaux (écomusée que l’on visite) quelques reproductions de photos anciennes montrant la moisson du seigle à la faucille, le charroi, sur la charrette à l’attelage de salers de la pâte à papier et le travail de couverture des granges avec les bouquets de paille de seigle. Au milieu du XIXè siècle dans cette région du Périgord, la culture du seigle est dominante, elle dépasse largement celle du froment traditionnel

Il serait nécessaire de dresser la typologie des fermes productrices de seigle. Dans cette région entre Dordogne et Corrèze a-t-on eu une activité agraire liée à cette céréale en raison des deux usages (papier et couverture des toitures) qui aurait entraîné la fin de cette paysannerie avec la fin des deux usages du seigle ?...



Par Bernard Stéphan - Publié dans : recherches rurales
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Mercredi 29 juillet 2009

Mots perdus du Périgord.-  Voici quelques nouveaux mots perdus des villages du sud du Périgord. je suis toujours en recherche des mots perdus autour du thème des battages, du jeu de rampeau, de la pêche dans la rivière.

Galagière (n.f.).-

De galage (genêt). C'était l'enclos sauvage proche du hameau. Il avait pour fonction de fixer quelques éléments de la faune sauvage à proximité des habitations. C'est ainsi que les lapins de garenne y trouvaient le gîte, de même les grives à la saison hivernale. C'était le premier espace de chasse, le matin de l'ouverture de la chasse.

Linge (n.m.). Torchon. Mais la forme le linge désigne à la fois le linge de maison, les vêtements et tout ce qui peut constituer une lessive. C’est aussi tout le linge de maison dans son ensemble. Le linge a probablement représenté une richesse familiale qu’on mesure mal aujourd’hui et notamment la richesse des femmes puisqu’elles étaient dotées d’un trousseau. J’ai le souvenir d’armoires à linge particulièrement garnies de draps, serviettes de tables, serviettes de toilettes. Ma grand-mère paternelle soumettait ses hôtes à un étrange rituel, probablement venait-il de cet atavisme de l’attachement au trousseau. Après les repas de famille, quand les hôtes de la taulada, après la goutte, se levaient, ils devaient se plier à la tournée des armoires à linges comme d’autres font la tournée du jardin ou la tournée du verger. Ainsi ma grand-mère précédait-elle ses hôtes et allait de chambre en chambre, ouvrant les armoires pour jauger les piles de linge, commenter la dernière bujade et le temps des trousseaux.

Mourrain (n.m.).- Jeune cochon que l’on va engraisser. Sur le marché aux cochons de Lalinde qui se tenait sur la placette, près de la porte des Anglais, un espace particulier était réservé aux mourrains.

Mourre (n.m.).- « Le moussur fourre son mourre dans la bacade » (Le cochon enfouit son museau dans la pâtée). Le mourre est d’abord le museau du coc

Poignière (n.f.).- Mesure de grain. Il s’agit d’un récipient comportant deux poignées (ou poignières) servant à mesurer les légumes secs (fèves, gesses, haricots, petits pois) et plus généralement le grain, le froment.

 

 


*******************************************************************************************

Par Bernard Stéphan - Publié dans : traditions orales
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Samedi 27 juin 2009

A Beaumont-du-Périgord.- La félibrée qui s'est déroulée cette année à Beaumont-du-Périgord les 4 et 5 juillet est cette traditionnelle grande fête occitane de la maintenance du Périgord. Chaque année le premier dimanche de juillet, la félibrée (lo felibrejada) pose ses valises, micros et scènes et déroule ses guirlandes de fleurs dans un chef-lieu de canton du Périgord. On renvoie nos lecteurs curieux aux sites du felibrige ou du Bournat du Périgord, ainsi est appelée la maintenance occitane en Dordogne.


Mon premier souvenir félibréen
me renvoie à l’école primaire de Pontours sur la rive de la Dordogne, au début des années 1960. On annonçait la félibrée de Bergerac à laquelle devaient participer tous les cantons de l’arrondissement. C’est ainsi que dans notre coin, assez marqué par la légende du Coulobre (monstre aquatique qui nichait dans une caverne creusée dans la falaise de Lalinde et prenait son tribu de bâteliers sur la rivière) il fut décidé de construire un char surmonté de la maquette supposée grandeur nature d’un reptile en carton pâte aussi énorme que disgracieux. J’en ai gardé la vision terrifiante d’une bestiole verdâtre ouvrant une immense gueule d’où sortait une langue rouge probablement fourchue dans ma mémoire.


Le second souvenir félibréen renvoie au printemps 1968.
Quand la France s’agitait nous préparions la félibrée de Lalinde ! Notre petit bourg de Pontours devait reconstituer sur une placette de la bastide l’intérieur d’une cuisine paysanne d’une petite borie. Avec la cheminée, son cantou, sa grande table en bois, sa salière accrochée au mur, son vaisselier et sa maie pour y ranger le cantel de pain. Selon un usage qui perdure, chaque village devait livrer une quantité astronomique de fleurs en papier pour tresser un toit de guirlandes au-dessus d’une rue qui nous était affectée. Et nous avions une fleur attitrée qui devait être la glycine (si ma mémoire ne me trahit pas). Deux soirs par semaine de l’hiver et du printemps, une partie de la population se retrouvait dans la petite salle de la minuscule mairie du village. Pour, sur la table du conseil municipal, confectionner les fleurs, partager un plat de merveilles, boire un verre de Monbazillac pour les adultes et une grenadine ou un verre d'orangeade pour les enfants. Une veillée à l’ancienne dans une époque où peu à peu mourrait le rituel des veillées… Pendant ce temps-là, ailleurs, Mai 68 battait le pavé et la révolution disait-on se préparait...
Et pour parachever le décor, fut érigée sur la falaise de Saint-Front au-dessus de Lalinde une maquette grandeur nature (supposée) du fameux Coulobre.


Depuis, j’ai vu d’autres félibrées et notamment celles de la longue période du Majoral Jean Monestier, un vieil ami hélas parti, qui fut un grand homme de culture, de convictions et un savant lettré. Je me souviens bien de ses discours à l’heure de la taulado quand il interpellait avec de bons mots les notables endimanchés comme un jour de foire pour leur dire sa revendication pour donner un avenir à <la langua nostra
> où lorsqu’il martelait son assiette à soupe réclamant l’accès de la culture d’oc à la télévision.



La réalité de la félibrée a toujours était prise entre deux contradictions ;
la vitrine de la maintenance et l’expression des revendications. Sans oublier une modernité de la vie ici trop souvent oubliée. Rien n’a vraiment changé avec un ordonnancement qui conserve le rituel fixé par les premiers bournatiers. A Beaumont on a encore défilé, la reine et le majoral ouvrant le <passa-carriera>, ils ont reçu les clés de la ville à la porte reconstituée et sont allés d’étape en étape avec la messe en langue d’oc, l’hommage au poète local, la taulado et la cour d’amour. On va constituer de très beaux albums, beaucoup de films numériques et on se souviendra. Chaque année on retourne le film. Mais finalement où est la culture d’oc qui se réveille ? Où est la vitrine des gens d’ici qui créent, qui vivent, qui s’installent, qui projettent sur  l’avenir ? Les beaumontois parcequ’ils y travaillent depuis un an, ont vécu le résultat collectivement. A cet égard la félibrée est un formidable acte du vivre ensemble. Mais son message reste pensé comme un conservatoire. Quel est par exemple le travail de la félibrée au service de la langue ? Trop souvent celle-ci au travers des <parladis> de circonstance est présentée comme un vecteur prêtant à l’humour. Dommage. A Beaumont-du-Périgord et sur ces plateaux du sud Dordogne, dans les villages des coteaux de la vallée de la Couze, l’usage de la langue d’Oc a été plus fortement conservé qu’ailleurs. C’est un usage paysan  certes, mais un usage du quotidien. Ici la langue est encore vivante, en tous les cas plus qu’ailleurs. Elle n’est pas une langue de risée à l’heure du chabrol ou de la goutte en fin de repas. Elle s'inscrit en outre dans un territoire fortement identifié qui est celui de la vallée de la Couze et de ses tertres. Mais la félibrée a au moins un mérite, relier les gens d'ici et faire la démonstration d'un enracinement qui chaque année exprime son ressourcement.



La félibrée, rite d'inversion identitaire
J'ai retrouvé une analyse de la félibrée signé de l'antropologue Christian Coulon, spécialiste en sciences sociales. Pour lui la félibrée est "un rite d'inversion identitaire". Il montre combien, une journée durant, le bourg ou la ville d'accueil donne les clés aux mainteneurs et par conséquent à la mémoire, aux racines, à l'identité. Clés symboliques certes, mais clés réelles durant toute la fameuse journée. "La félibrée est en effet, d'abord, une tentative pour reconstituer le Périgord en tant que communauté idéale et fondamentale", écrit Coulon. Et il relie ce déroulé de la journée festive très ritualisée à des usages que l'on retrouve dans les sociétés traditionnelles. Ainsi poursuit Christian Coulon "avec la felibrejada, la culture occitane, et ses représentants patentés, les félibres, prennent le pouvoir le temps d'une fête. Comme dans de nombreux rituels africains de renouvellement de l'ordre, le <roi est captif>; la culture occitane sort de sa clandestinité sociale pour s'imposer dans l'espace public." Dévidant le rituel immuable de la journée, l'auteur montre que le discours du majoral à la taulada est une sorte de "message sur l'état de la nation".
Dans sa recherche, Coulon considère que ce jour-là le pays renouvelle symboliquement son contrat aux notables. "L'évocation des ancêtres et de la tradition est à la fois un acte d'expiation et un ressourcement". Et à cet égard la félibrée n'est pas une fête pour les touristes, elle est une fête pour être ensemble entièrement tournée vers les gens d'ici. Si les touristes s'y raccrochent c'est pas accident, ils sont happés, mais on ne leur donne pas forcément les codes.
Autre élément majeur de ce rendez-vous, c'est l'unité. Il se traduit par ce rassemblement qui réunit la communauté et que l'on retrouve dans l'espace organisateur toute l'année qui précède le rendez-vous. "Cette unité, ajoute  Christian Coulon et cette harmonie procèdent donc de la nature même du rite qui repose sur l'évocation de l'origine, des ancêtres, de traits culturels fondamentaux, en somme de ce qui constitue et légitime le groupe et la collectivité."
En revanche la félibrée n'enclanche pas d'actions débouchant sur des transformations sociales. Parcequ'elle est d'abord un ressourcement et un acte unitaire qui respecte les structures. C'est bien pourquoi la revendication se limite en général au discours sur l'état de la nation périgourdine. "Ainsi, à défaut d'être un tribunal, la félibrée est une tribune dont se servent volontiers les gardiens de la tradition pour revendiquer telle ou telle mesure concrète en faveur de la culture occitane (...)"




Les photos qui illustrent cet article ont été prises à Beaumont-du-Périgord le week-end de la félibrée .

**************************************************

Par Bernard Stéphan - Publié dans : recherches rurales
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires - Recommander
Lundi 25 mai 2009


Des prairies et des orchidées.- Juste une photo de ce printemps sur le plateau des fermes de Bousserand dans le sud du Périgord. Les prairies explosent de couleurs, les orchidées sont au rendez-vous, nombreuses, mauves, blanches, bleutées. Ce parcours se fait au petit matin, on prend un sentier au départ de Lalinde on franchit le pont, par la rive gauche on monte vers Saint-Front avant de suivre le GR jusqu'au hameau de Bousserand-Haut, ensuite on s'en va vers Fonblanque et vers le hameau de Coste-Périé après avoir traversé une partie de la forêt des Divises. Je vous l'ai déjà écrit sur ce blog, c'est  un des plus beaux paysages du Périgord !

Par Bernard Stéphan - Publié dans : recherches sur le paysage
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés